14.3.08

Un instant d'éternité à Carthagène

Nous sommes à Carthagène, une ville côtière de la Colombie chaleureuse et humide, où se déroule la rencontre de Florentino Ariza et Fermina Daza, les personnages principaux de « l’ Amour au temps du choléra » de Gabriel Garcia Marquez.


La partie historique de la ville, entourée d'un mur fortifié, est adorable : de nombreuses rues qui cheminent vers autant de places et d’églises. Partout, des couleurs resplendissantes se chevauchent. Les maisons bigarrées sont éclatantes dans l’atmosphère des Caraïbes. Des Carthaginoises portent un bol de fruits sur leur tête : un bol de fruits grand comme leurs seins. Elles ont au cou un collier de fleurs colorés tel un bouquet de mangues, de guabanabas, de lulos, de mûres et de mandarines. J'adore les disques de Café del Mar: à Carthagène, il y a un bar perché sur la forteresse qui porte ce nom. Le vent est puissant sur la côte : mes cheveux sont dingues et je surveille mon verre rempli de quelques gorgées d'aguardiente.



Ce soir, nous mangeons au restaurant du club de pêche, à côté de la marina. Pendant que nous attendons nos entrées, un bateau de style caraïbéen pose l’ancre au restaurant. Le bateau comprend des dizaines d’étrangers et un petit groupe de musique. Notre serveur a dit qu’ils sont du groupe FIAT Colombie. Leurs discours en anglais et en espagnol nous suggèrent plutôt qu’ils célèbrent un mariage. Nous avons le privilège de profiter du groupe de musique et de manger au son des succès latinos internationaux… « No hay dos sin tres… En tu habitacion… Nunca sale el sol… Ni existe el tiempo ni el dolor… ». Le vin est blanc et fruité.




Je suis légèrement étourdie. De retour vers l'hôtel en taxi, une garde policière arrête notre taxi. Nous devons descendre. Le jeune policier me demande mon passeport. "No lo tengo. Toma, eso es mi trajeta de identidad - le permis de conduire québécois." Nico interrompt la discussion abruptement : il lui rappelle qu'il ne peut pas me fouiller car je suis une femme et que seule une policière pourrait faire la vérification. Le policier lâche prise. Ils sont corrompus ceux-là. Je préfère l'armée colombienne: pas corrompue et utile sur les routes. À l'hôtel, Nico danse le Vallenato sur "La Marchita" qui tourne des dizaines de fois. J'adore aussi la version de Joao Gilberto de la "Garota de Ipanema". Ce Brésilien a une voix suave délicieuse. Voici un instant d'éternité à Carthagène.


Près de là, il y a le Volcan de Totumo. Un petit volcan dont les visiteurs atteignent le sommet en dix marches de bois. Nous descendons au cratère tout aussi rapidement par une échelle de sept ou huit marches. Une fois le corps émergé dans la boue volcanique, un homme du cratère me tire par les bras pour me déplacer au bout, à environ quatre mètres de l’escalier, entre deux touristes. Au milieu de cette boue dense, je m’allonge pour flotter sur cette masse laiteuse qui se poursuivrait jusqu’à deux milles mètres en dessous de moi. Il me masse le corps. L’argile est tiède à l’ombre, mais chaude au soleil. Parfois, des bulles de boue émergent.
« Desde cuando usted trabaja aca? » Il travaille au volcan depuis vingt ans. « Y nadie murio de una erupcion?, je lui demande. « No ». Mais Nico croit le contraire : l’irruption aurait fait les manchettes il y a quelques années.



À la sortie du volcan, après trente minutes d’immobilisme et de rires avec quelques étrangers, nous allons à la lagune à notre droite pour nous rincer et quitter la boue de nos corps adoucis par l’argile. En retour d’un pourboire, des femmes nous nettoient, ainsi que nos costumes de bain chargés de boue. Elle nous quitte tout le bikini et le maillot pour les frotter dans l’eau. Elle enlève l’élastique de mes cheveux et la boue qui a enrobé mes cheveux. Enfin, je remets mon bikini sous l’eau et sors de l’eau. Cette eau bleue rendue laiteuse par l’argile.


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