Affichage des articles dont le libellé est Tunisia. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tunisia. Afficher tous les articles
21.3.08
Lutte contre le décalage horaire
Je n'ai pas assez dormi. Je suis fatiguée à cause du décalage horaire. J'ai hâte que mon cerveau s'arrête à l'heure de ce fuseau horaire et non six heures plus tard. À 6h00 du mat, il fait encore nuit, rendant encore plus difficile le réveil. Le jour commence vers 6h30. J'ai mis la cafetière sur le mauvais rond. Maintenant, la lumière est timide. Bon, je dois aller travailler. Ce soir, je devrai laisser l'internet pour me plonger dans un livre et faire des exercices avec mes poids de 5 livres que je trimballe dans ma valise. Ainsi, je gagnerai plus facilement le sommeil que les yeux rivés à l'écran cathodique jusqu'aux petites heures du mat et ce jusqu'à la dernière minute avant de m'envelopper dans les draps froids.
Bon, je dois me coucher tôt, car je n'aurai bientôt plus de contrôle sur mes émotions. Je suis à fleur de peau. Quelle fleur de peau? La fleur d'oranger de la Tunisie? Floraison de la fleur de rose en juillet au Québec? J'ai toujours préféré le lilas: je coupe des branches de lilas au ciseau en catimini sur les arbres des voisins, mais ne le dites pas! J'aime les miniatures fleurs des lilas. Les bourgeons des lilas éclosent au printemps, au mois de mai.
Les gens réagissent différemment en situation de fatigue. Selon leur personnalité, ils auront un comportement à tendance paranoïaque, agressif ou dépressif. Moi, j'ai un comportement dépressif. Pour me détendre, j'ai fait de la natation. Sur le dos. Le remède est peut-être par le dos. Et par l'eau. Par l'exercice.
Mon corps m'envoie des signes de fatigue: je fais de la tachycardie. Mon coeur palpite. Je le sens. Pourtant, mon seul effort est celui d'écrire. De promener mes doigts sur le clavier et de respirer. De cligner mes yeux. De changer la chanson sur mon ordi. Quoi d'autre? De me soutenir sur mon tabouret. De m'empêcher de basculer. De ne pas me morfondre. Putain! C'est la fatigue! Il est 21h00. Normalement, mes écrits devraient faire partie de mes "pages du matin", mais j'ai manqué de temps hier et avant-hier. Les "pages du matin" est un exercice trouvé dans un livre pour développer ma créativité. Quotidiennement, le matin, je dois écrire trois pages. Je n'ai pas le courage de me lever plus tôt que 6h00 pour écrire ces pages, car je ne m'endors pas avant 1h00 du mat.
Pour me détendre, je vais tricoter. À Montréal, j'ai fait un cours de tricot de deux heures pour me remémorer la technique des mailles à l'endroit et apprendre la technique des mailles à l'envers. Je me suis concentrée sur le montage des mailles et réappris à manipuler ce que j'ai nommées d'abord spontanément les aiguilles alors que ce sont des crochets.
Ma collègue a fait mes mailles de départ, car j'avais oublié. La fille aux paupières de fard bleu nuit et qui s'y connaissait en tricot au cours m'avait suggéré de visionner un vidéo de tricot sur YouTube si j'oubliais, mais la page de YouTube ne s'ouvre pas. Elle est peut-être censurée. Heureusement, ma collègue sait faire les mailles, alors c'est reparti maintenant: deux mailles à l'endroit et deux mailles à l'envers. Mon projet est de grande envergure: un foulard rectangulaire et unicolore. Je pratique la tension des mailles pour qu'elles soient uniformes en écoutant Miles Davis.
La musique résonne dans le loft. Les murs sont blancs. Je ne suis pas encore habituée à cette chambre. Je dors bien, mais je m'endors mal. J'ai pris un bain chaud pour donner de la chaleur à mon petit corps et, tout spécialement, à mes pieds. Tout le plancher est de céramique blanche et froide. Mes draps sont humides. Peut-on me dorloter? Me mettre la couverture sous les pieds? M'embobiner les jambes et me mettre deux oreillers de chaque côté? Me donner un bisou sur le front? "Buena noche enana!"
2.11.07
Collision avec l'islam
Première expérience dans un pays musulman. En Tunisie. En 2007.
Caractéristiques des Tunisiens: un teint basané, un langage indécryptable - le dialecte tunisien -, et un regard perçant. Les hommes et les garçons, ils sont regroupés sur les terrasses des cafés. Ils ont le style en général machiste et bien arrangé.
Que ce soit le chauffeur de taxi, le vendeur du souk, le serveur au restaurant, tous aiment la négociation. Ils proposent des prix exorbitants que je coupe du sabre en deux. Mais parce que je suis la Canadienne et c'est dimanche, ils ont toujours le superbe prix soudainement à m'offrir. « C’est gratuit jusqu’à la caisse! », « Regardez, c’est gratuit! ».
Ils me harcèlent dans la rue : je suis une étrangère, mais pourtant pas anonyme. On m’interroge sur ma vie privée, mon travail, le lieu de ma demeure, mon origine. Je respire. On me surnomme gazelle. Je roule des yeux... Ça suffit, me suis-je dit. Et puis, on s’y fait de se faire siffler la gazelle. La gazelle des neiges. De se faire tutoyer. D’être invitée à une visite guidée pour nous soutirer quelques dinars. De se faire rappeller que la foire d’artisanat berbère termine aujourd’hui. Après tout, pour certains, c’est la pauvreté. Coin St-Laurent, Ste-Cat., on tend la main et c’est tout.
La Tunisie, loin de pratiquer la charia et l’intégrisme, me heurte dans mes manières et mes valeurs. Et puis, je me détends. Ils ont l’air de ces terroristes du Hamas, du Djihad ou de Talibans, mais ils n’ont rien à voir avec ces mouvements. Je le sais, mais je constate que les infos occidentales m’ont imprégnée. Ça y est, je suis l’occidentale, nord-américaine de surcroît, qui a la frousse. En fait, je suis déroutée par nos préjugés construits à travers les médias et les politiciens américains. La méconnaissance peut être source de jugements préconçus. Ici, tout est différent. Leur histoire n’a rien à voir avec le Vatican, elle prend sa source au Proche et au Moyen-Orient.
Ils ont des portes comme des serrures antiques énormes. Le blanc domine la majorité des maisonnettes et commerces. Ils ont des théâtres centenaires restaurés en cinéma, mais les gens les fréquentent sans plus remarquer leurs majesté. Les chats se faufillent sur les estrades et les adolescents mal éduqués rient des seins de Monica Bellucci dans « Combien tu m'aimes? ». Ils fument et ne devraient pas assister à ce film réservé aux majeurs. Les seins de Monica et les courbes de ses hanches, c’est du solide, ici, en Tunisie.
Répondent-ils tous à l’appel de la prière qui s'entend comme une complainte cinq fois par jour? Cet enregistrement qui gémit au travers la ville. La ville dense. Des jeunes gens partout – 60 % de la population est âgée de moins de 20 ans. Des traffics piétonniers. Des autos qui conduisent pour écraser les gens. Pourtant, de nombreux policiers les guettent. Leurs sifflets transcendent les rues. De ma chambre au 11e étage de l’hôtel de verre sur Habib Bourguiba, le son des sifflets est incessant. Les policiers, ils soudoient bien sûr. Selon un chauffeur de taxi, de brûler le feu jaune lui aurait coûté son permis, ainsi que 120 dinars alors qu’il pouvait glisser 5 dinars à l’agent pour continuer sa route. Semble-t-il, les délateurs sont nombreux. La moyenne serait d’un chauffeur de taxi sur deux, et trois clients sur quatre au café du coin. Lorsqu’on me questionne, je ne suis pas dupe. Que veut-on de moi? Quelles informations souhaite-on soutirer?
Ils boivent leur thé à la menthe très sucré. Parfois, ils y ajoutent des pignons de pin ou des amandes. Ils mangent leur couscous le vendredi. Ils ne boivent pas d’alcool, qu’ils insinuent. Qu’ils insinuent, oui : quand j’ai acheté deux bouteilles de vin tunisien, un commis s’est offert pour m’aider à les commander. Le brouhaha de la cohue - d’hommes - se bousculant devant le comptoir des vins insinue qu’ils aiment et consomment le vin. Ce commis m’a suggéré un vin que j’ai commandé. J’étais fière de réaliser ça. À la sortie du magasin général, on a crié « mademoiselle! ». Par réflexe, je me suis retournée, le commis s’est arrêté devant moi. Sa voix tremblait. J’ai pensé que c’était la nervosité, mais c’était peut-être aussi la course.
« Je pourrais avoir votre numéro de téléphone? ». J’ai refusé. Ici, on dit qu’ils veulent les occidentales pour un soir, mais qu’ils se réservent les musulmanes pour le mariage. J’ai un amoureux, je suis en poste et il n’y a surtout pas d’intérêt. « Ciao! »
La Tunisie est assez libérale. L’arabisation est en effet une réalité nouvelle. Bourguiba, le libérateur de la Tunisie en 56, a lutté pour l’émancipation de la femme et son égalité, mais elles ont décidé de commencer à se voiler. C’est la mode que le voile s’agence avec la tunique. « Si je ne porte pas le voile, c’est parce que je n’ai pas les sous pour m’offrir l’ensemble de la même couleur. », confient quelques-unes d’entre elles. Et pourquoi ce retour au voile? C’est un mouvement généralisé qui se propage dans tous les pays musulmans. L’oppression des pays occidentaux auront eu raison de leur fierté. Maintenant, comment la retrouver sinon que par le retour aux pratiques des grands beys? Le rappel d’une époque où l’arabité était grande et avait le respect des empereurs et consuls européens.
Les paysages de Tunis et ses environs semblent s’être cristallisés depuis des siècles et même des millénaires. Sur la côte qui donne sur l’Italie, rien de plus facile que s’imaginer la grande Carthage. La terre est ocre et les arbres ont fanés. Le sol est déséché. L’eau est donc leur pétrole. Sans pluie, les récoltes seront maigres. Mais les touristes seront heureux et le tourisme est l’industrie la plus lucrative de la Tunisie.
La Presse de Tunis publie des articles au style de communiqués officiels : Ben Ali, le président "réélu et réélu" depuis 1987, fût nommé personnalité de l’année, ouverture d’un second aéroport international à Sfax, aux portes du désert… Et quoi encore. De nombreux sites politiques – et porno – sont bloqués sur internet. Curieusement, à l’écriture de Ben Ali et de sexe à l’intérieur d’un courriel, la page se ferme et internet est hors d’usage. Lors d’une converse au téléphone, voici que la ligne se brouille au ton secret d’un « tu sais, la liberté de parole, ici… » Essayons pour voir... Ce sont des potins des Canadiens de la place.
- Photo : Julie Thériault, Sidi Bou Said (Tunisie), 2007 -
Caractéristiques des Tunisiens: un teint basané, un langage indécryptable - le dialecte tunisien -, et un regard perçant. Les hommes et les garçons, ils sont regroupés sur les terrasses des cafés. Ils ont le style en général machiste et bien arrangé.
Que ce soit le chauffeur de taxi, le vendeur du souk, le serveur au restaurant, tous aiment la négociation. Ils proposent des prix exorbitants que je coupe du sabre en deux. Mais parce que je suis la Canadienne et c'est dimanche, ils ont toujours le superbe prix soudainement à m'offrir. « C’est gratuit jusqu’à la caisse! », « Regardez, c’est gratuit! ».
Ils me harcèlent dans la rue : je suis une étrangère, mais pourtant pas anonyme. On m’interroge sur ma vie privée, mon travail, le lieu de ma demeure, mon origine. Je respire. On me surnomme gazelle. Je roule des yeux... Ça suffit, me suis-je dit. Et puis, on s’y fait de se faire siffler la gazelle. La gazelle des neiges. De se faire tutoyer. D’être invitée à une visite guidée pour nous soutirer quelques dinars. De se faire rappeller que la foire d’artisanat berbère termine aujourd’hui. Après tout, pour certains, c’est la pauvreté. Coin St-Laurent, Ste-Cat., on tend la main et c’est tout.
La Tunisie, loin de pratiquer la charia et l’intégrisme, me heurte dans mes manières et mes valeurs. Et puis, je me détends. Ils ont l’air de ces terroristes du Hamas, du Djihad ou de Talibans, mais ils n’ont rien à voir avec ces mouvements. Je le sais, mais je constate que les infos occidentales m’ont imprégnée. Ça y est, je suis l’occidentale, nord-américaine de surcroît, qui a la frousse. En fait, je suis déroutée par nos préjugés construits à travers les médias et les politiciens américains. La méconnaissance peut être source de jugements préconçus. Ici, tout est différent. Leur histoire n’a rien à voir avec le Vatican, elle prend sa source au Proche et au Moyen-Orient.
Répondent-ils tous à l’appel de la prière qui s'entend comme une complainte cinq fois par jour? Cet enregistrement qui gémit au travers la ville. La ville dense. Des jeunes gens partout – 60 % de la population est âgée de moins de 20 ans. Des traffics piétonniers. Des autos qui conduisent pour écraser les gens. Pourtant, de nombreux policiers les guettent. Leurs sifflets transcendent les rues. De ma chambre au 11e étage de l’hôtel de verre sur Habib Bourguiba, le son des sifflets est incessant. Les policiers, ils soudoient bien sûr. Selon un chauffeur de taxi, de brûler le feu jaune lui aurait coûté son permis, ainsi que 120 dinars alors qu’il pouvait glisser 5 dinars à l’agent pour continuer sa route. Semble-t-il, les délateurs sont nombreux. La moyenne serait d’un chauffeur de taxi sur deux, et trois clients sur quatre au café du coin. Lorsqu’on me questionne, je ne suis pas dupe. Que veut-on de moi? Quelles informations souhaite-on soutirer?
Ils boivent leur thé à la menthe très sucré. Parfois, ils y ajoutent des pignons de pin ou des amandes. Ils mangent leur couscous le vendredi. Ils ne boivent pas d’alcool, qu’ils insinuent. Qu’ils insinuent, oui : quand j’ai acheté deux bouteilles de vin tunisien, un commis s’est offert pour m’aider à les commander. Le brouhaha de la cohue - d’hommes - se bousculant devant le comptoir des vins insinue qu’ils aiment et consomment le vin. Ce commis m’a suggéré un vin que j’ai commandé. J’étais fière de réaliser ça. À la sortie du magasin général, on a crié « mademoiselle! ». Par réflexe, je me suis retournée, le commis s’est arrêté devant moi. Sa voix tremblait. J’ai pensé que c’était la nervosité, mais c’était peut-être aussi la course.
« Je pourrais avoir votre numéro de téléphone? ». J’ai refusé. Ici, on dit qu’ils veulent les occidentales pour un soir, mais qu’ils se réservent les musulmanes pour le mariage. J’ai un amoureux, je suis en poste et il n’y a surtout pas d’intérêt. « Ciao! »
La Tunisie est assez libérale. L’arabisation est en effet une réalité nouvelle. Bourguiba, le libérateur de la Tunisie en 56, a lutté pour l’émancipation de la femme et son égalité, mais elles ont décidé de commencer à se voiler. C’est la mode que le voile s’agence avec la tunique. « Si je ne porte pas le voile, c’est parce que je n’ai pas les sous pour m’offrir l’ensemble de la même couleur. », confient quelques-unes d’entre elles. Et pourquoi ce retour au voile? C’est un mouvement généralisé qui se propage dans tous les pays musulmans. L’oppression des pays occidentaux auront eu raison de leur fierté. Maintenant, comment la retrouver sinon que par le retour aux pratiques des grands beys? Le rappel d’une époque où l’arabité était grande et avait le respect des empereurs et consuls européens.
Les paysages de Tunis et ses environs semblent s’être cristallisés depuis des siècles et même des millénaires. Sur la côte qui donne sur l’Italie, rien de plus facile que s’imaginer la grande Carthage. La terre est ocre et les arbres ont fanés. Le sol est déséché. L’eau est donc leur pétrole. Sans pluie, les récoltes seront maigres. Mais les touristes seront heureux et le tourisme est l’industrie la plus lucrative de la Tunisie.
La Presse de Tunis publie des articles au style de communiqués officiels : Ben Ali, le président "réélu et réélu" depuis 1987, fût nommé personnalité de l’année, ouverture d’un second aéroport international à Sfax, aux portes du désert… Et quoi encore. De nombreux sites politiques – et porno – sont bloqués sur internet. Curieusement, à l’écriture de Ben Ali et de sexe à l’intérieur d’un courriel, la page se ferme et internet est hors d’usage. Lors d’une converse au téléphone, voici que la ligne se brouille au ton secret d’un « tu sais, la liberté de parole, ici… » Essayons pour voir... Ce sont des potins des Canadiens de la place.
- Photo : Julie Thériault, Sidi Bou Said (Tunisie), 2007 -
Inscription à :
Articles (Atom)