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25.9.08

Joue ta peau


Attends une seconde que je te respire
Que je batte ton coeur à travers ce mal
Ne penses-tu pas à demain, ton ouvrage?
À travers ta douleur, ne penses-tu pas
au parfum de ta cour, à ta soif de vent,
de vivre, de vaincre?

Ref: Bouge pour ne plus avoir peur
C'd'ma faute, je te crois sans faute
Baisse le volume que je te soupire
Chuchote ces mots qui me donnent patience
Pense ta peau... o... Joue ta peau

N'as-tu pas peur? Tu soupires d'impatience
Ce corps qui te bloque, t'arrête, te gêne...
Inspire... expire... inspire... expire... mmm...
Attendre de casser la baraque
Chaque mouvement approuve au condamné
Respire l'eau, bois l'air que tu humes
Goûte, entre les deux, ma chair chaude

Redis-moi ces mots qui me traversent le corps
Redis-moi ces mots qui me frisonnent
Redis-moi la liberté de jouir la vie
Et surtout, braise le feu, ne rien éteindre
Garder au chaud sur ton épaule
Ma tête qui chavire



.Chanson composée par Maryse Thériault.



18.11.07

Le décès de grand-maman


Un jour, j’ai lu dans un livre que le sentiment de culpabilité était un terrible fléau au cœur de la majorité des êtres humains.


Invitée par mon employeur en Ontario en 1999, Patricia, à une fête organisée à l’occasion de l’anniversaire de sa belle-mère, j’ai accepté avec enthousiasme. Les membres de la famille de son mari sont tous d’origine yougoslave et possèdent donc un fort joli accent. Je ne connais personne à cette fête et tous ceux qui sont présents sont de plusieurs années mes aînés. Mais, malgré cela et malgré ma timidité, on me parle, on me questionne, on porte attention à moi et j’admire leur sympathie.


Une vieille femme m’apostrophe. En usant de tact, je lui demande de me livrer ses sentiments face à son immigration au Canada, à la guerre qui sévit présentement dans son pays au grand dam des Européens. Peut-être encouragée par ma propre solitude, je m’interroge sur son hypothétique tristesse lorsque des souvenirs de sa terre natale la rattrapent: les paysages, sa langue maternelle, sa famille demeurée au pays. Elle a le visage aimable et doux tel celui de ma défunte grand-mère. Ses mains sont frêles et les pupilles de ses yeux éveillées. Je ressens un élan de compassion et d’amitié pour cette vieille dame qui projète sur moi l’image de ma grand-mère décédée.



Aujourd’hui, Patricia m’a annoncé candidement que cette femme est morte. Elle s’est éteinte la nuit passée. Je suis blessée: triste que la mort l’ai emportée, mais davantage par l’ulcère de culpabilité qui me ronge à nouveau. Il y a de cela quatre ans, ma grand-mère Jeanne mourait d’un cancer du pancréas et du foie au Centre Michel-Sarrazin. La mort n’enlève jamais un être cher à un moment opportun. Pourtant, un an avant sa mort, j’avais commencé à lui rendre visite que très rarement en comparaison aux années précédentes qui ne comptent plus les fins de semaine passées à la campagne, alors routinières. De plus, elle est disparue au pire moment de mon adolescence irresponsable, désintéressée et délocalisée.


Ma grand-mère, elle portait une confiance infinie en mes capacités de réussite. En plus de m’encourager constamment, elle me soignait et me berçait jusqu’à très tardivement. Elle est disparue tellement vite, sans me donner la chance de réagir comme je l’aurais souhaité. Peut-être parce que je lui répétais sans cesse naïvement qu’elle vivrait plus que centenaire.


Une fois, je lui ai rendu visite peu avant qu’elle quitte définitivement sa maison pour rejoindre le Centre. Elle était allongée dans son lit, moitié assise, un oreiller supportant son dos. Elle avait les joues creuses et les bras osseux. Et voilà qu’elle m’avait appelé, mais j'avais fui! Quelle honte! Dans la chambre de couture où je m’étais réfugiée, mon parrain René me prenait dans ses bras et je pleurais sur son épaule. Il a tenté de me consoler, mais ses yeux se sont également emplis de larmes. La mort nous surpassait; nous étions impuissants.


Derrière René, une fenêtre par laquelle j’avais mille fois observé mon passé. La fenêtre donne sur la cour et au loin il y a le jardin et le grand garage. Le vert domine ce coin de campagne. L’herbe est humide, l’air frais et le soleil plombe sur mes cheveux foncés. J’ai chaud et je plisse les yeux. Plus loin encore, j’aperçois l’immense ferme de mon oncle à la toiture bleue. Les vaches laitières mangent, marchent et dorment dans le champ voisin à ma grand-mère. Le garage est immense - il y a deux étages - et fait de pierres de Saint-Épiphane, tel la maison. Au fond du grenier, il était commun que ma cousine et moi construisions des maisons et des châteaux, inventions des histoires de princesse et de Cendrillon, créions musées et laboratoires scientifiques. Derrière le garage, se trouve le gigantesque jardin. Je me perds presque entre les plants de maïs; je cueille carottes, pois mange-tout, fèves vertes et jaunes, fraises comme framboises et groseilles. Une haute haie limite les pourtours du vaste terrain.


Le jour de sa mort au Centre Michel-Sarrazin, j’étais absente.

1.11.07

Hommage à mon grand-père

Texte rédigé par ma mère, Maryse Thériault, lors des funérailles de mon grand-père. Un souvenir publié pour la famille.

Samedi, le 19 août 2006
Saint-Michel-de-Bellechasse

Bonjour, je me nomme Maryse. Je suis la cinquième d’une belle grande famille de huit enfants et je suis la fille de Jeanne Gagnon et de Laurent Thériault.

« Nous sommes tous nés, frères et sœurs, dans une longue maison de bois à trois étages, une maison bossue et cuite comme un pain de ménage, chaude en dedans et propre comme de la mie.

Rouille sur le flanc, noir sur le toit, blanc autour des fenêtres, notre lourd berceau se tenait écrasé sur un gros solage de ciment, rentré dans la terre comme une ancre de bateau pour bien nous tenir; car nous étions huit enfants à bord, turbulents et criards, peureux comme des poussins. » Extrait de Pieds nus dans l’aube de Félix Leclerc.

Lui-même issu d’une grande famille de dix-huit enfants, il était inévitable qu’eux-mêmes, devenant parents, auraient l’ambition d’élever à leur tour une grande famille dans l’amour, la dignité et le partage.

C’est ainsi que nos parents unirent leur destinée un 2 janvier 1943, comme bien d’autres couples de l’époque, tiraillés entre le désir de s’aimer pleinement et l’écho de cette guerre en Europe.

Car, bien sûr, on les comprend, ils n’allaient pas risquer de perdre l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre et décidèrent, pour commencer l’année en beauté, de se marier en ce début d’année de turbulence mondiale. Tous deux se retirèrent sur leur ferme de St-Épiphane de Rivière-du-Loup et bâtirent leur foyer.

Pacifistes dans l’âme, ils ont donc préféré faire l’amour à la guerre et c’est ainsi que, sans leur implication pour la paix, il n’y aurait eu ni Germain, ni Daniel, ni René, ni Laval, ni Guy, ni Andrée, ni François, ni moi-même, Maryse, et nous leur en sommes unanimement reconnaissants.

En plus de nous transmettre des valeurs fondamentales telles que de vivre en paix et en harmonie avec notre environnement, ils nous ont transmis l’art d’apprécier chaque jour la beauté de la vie et renforcèrent ainsi notre attachement à cette terre nourricière sur laquelle nous habitions.

Non, mon père n’était pas le plus fort (dans le sens de mettre K.O. un Louis Cyr de l’époque, quoiqu’il aurait pu l’étourdir…) ni le plus habile (les travaux de finition ou de broderie n’étaient pas son lot mais bien ceux de notre mère), mais le plus bon. Ce qui signifie, d’après le dictionnaire, qui a de la bonté et qui aime à faire le bien. Et on ajoute : qui s’acquitte convenablement de ses devoirs. On aurait pu trouver cette même définition dans la section « Laurent ».

Comme le travail de cultivateur était, à l’époque, difficile à rentabiliser, notre père, parallèlement à cela, exerça un autre métier dans le domaine de la construction, et ce, dans le but d’offrir une meilleure éducation à ses enfants.

Et comme si cela n’était pas encore suffisant, il se sacrifia pendant plusieurs hivers dans les chantiers de bois à atteler les chevaux, les conduire et transporter le bois de la Côte-Nord. De plus, il passa plusieurs automnes à cueillir le tabac dans les champs du Sud de l’Ontario. Ce qui contribua encore plus à parfaire notre instruction et à valoriser l’entreprise familiale. Pendant ce temps, notre mère veillait à nous assurer douceur, nourriture, vêtements et éducation et à nous élever dans une ambiance d’amour et de partage, valeurs qui nous ont suivis toute notre vie.

Papa avait une façon presque noble, à la fois humble aussi, de porter le chapeau, si modeste soit-il. Et l’image qui nous vient ainsi à l’esprit, c’est lors de cérémonies religieuses à l’église, bien campé dans son costume, droit comme un cierge, et priant avec une dévotion toute sincère pour la santé du monde et le bien de sa famille.

Fidèle aux traditions, il continua, malgré la résolution du Concile, à réciter son chapelet bien installé « plié » sur une chaise, parce que fourbu de sa journée et, alors que nous avions les genoux bien plantés sur le plancher, à terminer les prières par un « ainsi soit-il » alors que nous répétions depuis belle lurette un « Amen » bien senti.

Quel bonheur aussi de vivre ces Noël d’antan si magiques, si lumineux, pause ultime et unique dans cette année de labeur où nous éprouvions un plaisir fou à essayer tous ces nouveaux jouets, à jouer au hockey en famille et à glisser des heures durant dans la neige. Et le dimanche, après le repas du midi, Dieu sait comment notre père devenait un redoutable joueur de cartes à sa façon de lancer sur la table une seule petite carte, avec fracas, afin de tenter de nous intimider ou de nous surprendre. Évidemment, cela nous amusait plus qu’autrement.

Dans notre mémoire, il y a aussi de ces tiroirs qui rappellent que nous n’avions pas besoin de tous ces gadgets d’aujourd’hui qui en mettent plein la vue mais qui demeurent futiles comme de glisser avec nos bas de laine dans les pieds sur le plancher de la grande salle familiale frais ciré pour mieux le lustrer; ou sortir, après un long hiver à passer dans la grange, toutes ces vaches qui se dégourdissaient hardiment et qui couraient partout, libres comme l’air, dans les champs en même temps que nous.

Au bout du chemin, on ramasse des cailloux comme des bouts de vie sillonnant un sentier déjà parcouru et qu’on refait à rebours dans l’espoir que jamais notre mémoire ne perde le souvenir d’une vie aussi bien remplie.

Quand on a accompli chaque tâche à laquelle on a consacré toutes les heures de sa vie de façon sincère et honnête, il est normal d’être envahi, lors du grand départ, par la tranquillité d’esprit. Comme il me sembla entendre, en regardant mon père s’éteindre ce jour-là, que ça lui semblait être le bon jour pour être le dernier jour…

Ainsi fût-il!
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29.8.07

Le sort d'une pétale

« Il a bu. Il n’a pas bu. Il a bu. Il n’a pas bu… »

Les pétales de marguerite tombent à mes pieds. J’ouvre la porte. Tout est silence, à l’exception du ronflement de mon père. Je suis certaine à présent que la marguerite m’a dit vrai : il a bu. Il est dans le salon sur le divan. Il dort sur le dos avec tous ses vêtements. Il a même conservé ses grosses bottes grises. Je m’assoies à ses pieds pour les lui enlever. Un mince filet de salive glisse de ses lèvres entrouvertes. Il a renversé une bière sur la carpette beige : ça empeste l’alcool. Je veux écouter mes émissions, mais j’ai mal au cœur. Le pire est que même si je voulais vomir je ne pourrais pas : j’ai un nœud dans la gorge. La tristesse m’étrangle, tout comme le désespoir et la rage. Je veux lui prendre les épaules, le secouer et lui crier : « Arrête de ronfler! Je te déteste! Pourquoi tu me fais ça? J’ai honte de toi! J’ai honte d’inviter des amis ici! Ça pue la bière! Ça pue la cigarette! Jamais tu vas comprendre! Jamais! » Je pleure encore. Je pleure tout le temps. Je barbouille mon visage de larmes. Je regarde mon reflet dans l’écran de la télévision. Je suis laide. Je me déteste. Je ne veux plus de cheveux et des yeux bruns marde. Ils crient la détresse.

J’ouvre la porte. Ça sent les tomates, les piments et les oignons. Les yeux me piquent. L’odeur se prend dans mes narines. Mon père est saoul. Il fait à manger. Il parle fort. Il dit des niaiseries. Il est niaiseux. Il parle de Jésus et de Saint-Pierre. Il sait par cœur sa bible. Il me casse les oreilles avec la religion et aussi avec le Léo Ferré qui joue fort dans la cuisine. Je tremble. Je vais dans ma chambre et ferme la porte. Je rejoins mon chat. Il dort, mais je peux le réveiller : il ne griffe pas. Il est doux. Je couche ma tête sur l’oreiller. Brusque, mon père ouvre la porte. Je roule des yeux. Il dit qu’on ira en Floride durant les vacances de Noël voir Disney. Je ne le crois pas : c’est des menteries, des fausses promesses. Comme dirait maman, des promesses de crisse de saoulon. Je bouche mes oreilles et ferme mes yeux. Il va bien finir par comprendre que je veux qu’il se la ferme! « Vas donc te coucher! » Il ferme la porte.