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1.8.10

Visite à la clinique

Il y a deux semaines, j'ai commencé à sentir un point subtil, mais désagréable, près de l'omoplate. J'avais la forte impression que mon mal devait être un nerf serré entre deux os. Ce mal subtil s'est tranquillement répandu jusqu'au haut de mon bras, souffrant lorsque je respirais, riait ou éternuait. Il y avait sûrement un lien entre mon mal et le déplacement de mes os.


C'est à ce moment-là que j'ai décidé que je devais visiter un médecin. J'ai donc marché dans mon quartier pour dénicher une clinique. J’ai choisi la première rencontrée qui m'apparaissait normale, bien que peu moderne. La secrétaire était sympa et d'origine serbe. En fait, j'étais dans la clinique d'un médecin serbe.


Mon copain et moi, nous attendions dans la salle d'attente quand un vieil homme est sorti du cabinet. Accroupi sur sa canne, il nous a demandé ‘Where are you from?’. ‘I am Canadian and he is Colombian’ et, à notre tour, nous lui avons demandé son origine. Le vieil homme a dit qu'il était Allemand. À ce moment-là, j'ai pensé malgré moi qu'il avait les traits typiques de ces Allemands dans les films nazis qui ont le rôle de l'extrême méchant, incarné d'une grande cruauté, même frôlant la folie. Il avait une tête carrée avec quelques cheveux coupés très court, des lèvres très minces, et de petites dents bien cachées. Bien sûr, il nous regardait de ses yeux bleus acier. Et bien, ce vieil allemand a ajouté qu'il avait fui l'Allemagne parce qu'il faisait parti de l'armée d'Hitler. Je suis restée très bouchebée, un peu par son histoire, mais surtout par cette ouverture a raconté un passé controversé. Il est parti sans montrer un soupçon de moralité, un sourire satisfait sur les lèvres. Mon copain et moi nous nous sommes regardés et je lui ai demandé 'Entendiste lo que entendi?' mettant en doute ce que j’avais pu comprendre en Anglais. La secrétaire sympa est venue immédiatement ouvrir la porte disant que le vieil homme sentait vraiment mauvais et qu'elle n'en pouvait plus de le sentir pendant qu'il attendait dans la salle d'attente.


23.5.10

Les saisons à l'envers

Je suis en ce moment à Sydney, en Australie. Je vis donc les saisons à l'envers. Il y a quatre saisons à Sydney, parce que la ville est sous le Tropique du Capricorne. Pour la même raison, il y a quatre saisons en Argentine et au Chili. Maintenant, c'est l'automne. Comme au Canada, les feuilles de certains arbres deviennent orangées et tombent de leur branche. Par contre, elles ne deviennent pas rouge ni jaune. Comme au Canada, il pleut beaucoup durant l'automne. Mais contrairement au Canada, l'Australie est un pays qui souffre tellement de sécheresse répétitive que je ne peux que me réjouir devant autant de pluie.


Pour éviter l'hiver qui arrive, je vais voyager au nord du Tropique du Capricorne. Je pourrais voler quelques heures vers l'ouest et aller jusqu'à Darwin, peut-être monter à bord d'un petit bateau et laver des perles pour gagner quelques dollars. Je pourrais aller au désert visiter la roche sacrée, à Uluru. J'ai plutôt opté pour la côte de New South Wales et la forêt pluviale tropicale près de Cairns, dans l'État du Queensland.

6.5.10

Histoire de racisme

Je vis en Australie depuis le mois de février 2010. Un des premiers reportages que j'ai regardé à la TV recensait les commentaires d'étudiants étrangers sur leur crainte d'être victime de racisme en Australie. À la suite de quelques commentaires relatant l’inquiétude des uns et l’indifférence des autres, le reportage a montré les prises de caméra d'un homme d'origine indienne, gravement blessé, enrubanné presque des pieds à la tête, dans un lit d'hôpital. Je me souviens avoir dit que je ne croyais pas que le racisme serait un de mes soucis en Australie.


Oui, pourquoi moi? Je suis blanche dans un monde de blancs. Je suis du Canada, un pays avec une histoire britannique, tel que l'Australie. Et même si je n'étais pas dans un pays de "blancs", avouez que nous, les blancs, nous vivons assez paisiblement peu importe où l'on va. En Afrique, un noir peut privilégier un blanc; en Amérique Latine, un latino peut donner une grande notoriété à un blanc. Partout où nous allons, ou du moins, partout où je suis allée, je reconnais la prédominance du blanc sur les autres (je ne dis pas que j'accepte cette prédominance, mais que je la remarque). Bref, c’est ici, dans un monde de blancs, qu’une personne m’a manqué de respect en raison de mon origine.


Nous avons peut-être été insultés parce que mon copain va en Inde et qu’on lui répond en Hindi, qu’il va en Malaisie et qu’il est invité dans la file des citoyens Malaisiens et que peut-être que quelques Australiens hostiles en ont ras-le-bol de ces communautés. Mais c’est peut-être parce que l’on parlait espagnol (mais le crétin n'a pas fait la différence et de toute façon sa conception est le "nous" versus le "eux") qu’il nous a balancé nos sacs posés sur le siège du train et jeté nos papiers sur le sol sans démontrer aucun remord, seulement du dédain. Oui, c'était juste un vieux, comme on dirait au Québec, qui vit dans un autre monde, de l'autre époque (type Claude Mailhot et Alain Goldberg), mais peu importe, la situation a été extrêmement frustrante. Quelques minutes plus tard, le même "déshumanisé" a lancé fort "Hey, give me a break" à un homme, pas du tout Australien "de souche" qui parlait à ses copains. J'étais sidérée. J'étais tellement choquée.


Et ensuite, il y a cet Indien (genre pas très grand, il pourrait être un petit frère, il a un gentil visage) dans un de mes cours que j’ai croisé un soir et qui m’a raconté qu'il avait été battu il y a quelques semaines. Je voyais au dessus de son œil gauche la blessure qui fissurait son sourcil. J’étais choquée, mais j’ai été encore plus interloquée lorsque j'ai écouté pas seulement une de ses histoires, mais plusieurs de ses histoires du genre claques derrière la tête dans un resto… Il a même reçu un oreiller derrière la tête dans son vol depuis Singapore.


Enfin, mon petit mot n'est pas pour vous dire que l'Australie est raciste, mais peut-être que le problème est plus présent qu'au Canada même si les deux sociétés sont similaires, d’origine britannique, jeunes et multiculturelles.