23.5.10

Les saisons à l'envers

Je suis en ce moment à Sydney, en Australie. Je vis donc les saisons à l'envers. Il y a quatre saisons à Sydney, parce que la ville est sous le Tropique du Capricorne. Pour la même raison, il y a quatre saisons en Argentine et au Chili. Maintenant, c'est l'automne. Comme au Canada, les feuilles de certains arbres deviennent orangées et tombent de leur branche. Par contre, elles ne deviennent pas rouge ni jaune. Comme au Canada, il pleut beaucoup durant l'automne. Mais contrairement au Canada, l'Australie est un pays qui souffre tellement de sécheresse répétitive que je ne peux que me réjouir devant autant de pluie.


Pour éviter l'hiver qui arrive, je vais voyager au nord du Tropique du Capricorne. Je pourrais voler quelques heures vers l'ouest et aller jusqu'à Darwin, peut-être monter à bord d'un petit bateau et laver des perles pour gagner quelques dollars. Je pourrais aller au désert visiter la roche sacrée, à Uluru. J'ai plutôt opté pour la côte de New South Wales et la forêt pluviale tropicale près de Cairns, dans l'État du Queensland.

Mirage d'un virage politique en Colombie?

À une semaine des élections présidentielles en Colombie, je me sens plus inquiète et enthousiaste que lors de n'importe quelle élection au Canada. Devant le mirage d'un changement si important dans la pensée politique de la Colombie, je ne peux que croiser les doigts jusqu'à dimanche prochain, le 30 mai.


Je me souviens assez bien du référendum de 1995. Pour moi, la campagne, le vote et le résultat du référendum ont été les moments les plus émotionnels de la politique québécoise. Le taux de participation sans précédent de 85% a démontré que plusieurs Québécois étaient convaincus de l'importance viscérale de leur vote. Jamais une élection provinciale ou fédérale pourrait créer tant d'agitation. En effet, nous vivons dans une démocratie bien établie, tous les partis importants jouent au centre, un peu à gauche, un peu à droite, donc l'élection de l'un ou de l'autre n'aura jamais des conséquences plus désastreuses que de cohabiter avec un gouvernement peu écolo ou un budget qui ne favorise pas la classe moyenne.


Bref, toute cette intro pour mettre en perspective l'importance clé des résultats d'élection dans certains pays. Il suffit de penser à W Bush et Gore en 2000, ou à Chavez et Salas en 1998. L’histoire qui se traçait en 2000 aux États-Unis et au Venezuela en 1998 se joue maintenant en Colombie. Dans une semaine va se terminer la campagne présidentielle entre les deux principaux candidats, Mockus et Santos. Santos est l'ex-Ministre de la défense sous le gouvernement actuel d’Uribe, le parti de la U; Mockus est un ex-maire de Bogota et ancien recteur de la plus importante université publique du pays.

6.5.10

Histoire de racisme

Je vis en Australie depuis le mois de février 2010. Un des premiers reportages que j'ai regardé à la TV recensait les commentaires d'étudiants étrangers sur leur crainte d'être victime de racisme en Australie. À la suite de quelques commentaires relatant l’inquiétude des uns et l’indifférence des autres, le reportage a montré les prises de caméra d'un homme d'origine indienne, gravement blessé, enrubanné presque des pieds à la tête, dans un lit d'hôpital. Je me souviens avoir dit que je ne croyais pas que le racisme serait un de mes soucis en Australie.


Oui, pourquoi moi? Je suis blanche dans un monde de blancs. Je suis du Canada, un pays avec une histoire britannique, tel que l'Australie. Et même si je n'étais pas dans un pays de "blancs", avouez que nous, les blancs, nous vivons assez paisiblement peu importe où l'on va. En Afrique, un noir peut privilégier un blanc; en Amérique Latine, un latino peut donner une grande notoriété à un blanc. Partout où nous allons, ou du moins, partout où je suis allée, je reconnais la prédominance du blanc sur les autres (je ne dis pas que j'accepte cette prédominance, mais que je la remarque). Bref, c’est ici, dans un monde de blancs, qu’une personne m’a manqué de respect en raison de mon origine.


Nous avons peut-être été insultés parce que mon copain va en Inde et qu’on lui répond en Hindi, qu’il va en Malaisie et qu’il est invité dans la file des citoyens Malaisiens et que peut-être que quelques Australiens hostiles en ont ras-le-bol de ces communautés. Mais c’est peut-être parce que l’on parlait espagnol (mais le crétin n'a pas fait la différence et de toute façon sa conception est le "nous" versus le "eux") qu’il nous a balancé nos sacs posés sur le siège du train et jeté nos papiers sur le sol sans démontrer aucun remord, seulement du dédain. Oui, c'était juste un vieux, comme on dirait au Québec, qui vit dans un autre monde, de l'autre époque (type Claude Mailhot et Alain Goldberg), mais peu importe, la situation a été extrêmement frustrante. Quelques minutes plus tard, le même "déshumanisé" a lancé fort "Hey, give me a break" à un homme, pas du tout Australien "de souche" qui parlait à ses copains. J'étais sidérée. J'étais tellement choquée.


Et ensuite, il y a cet Indien (genre pas très grand, il pourrait être un petit frère, il a un gentil visage) dans un de mes cours que j’ai croisé un soir et qui m’a raconté qu'il avait été battu il y a quelques semaines. Je voyais au dessus de son œil gauche la blessure qui fissurait son sourcil. J’étais choquée, mais j’ai été encore plus interloquée lorsque j'ai écouté pas seulement une de ses histoires, mais plusieurs de ses histoires du genre claques derrière la tête dans un resto… Il a même reçu un oreiller derrière la tête dans son vol depuis Singapore.


Enfin, mon petit mot n'est pas pour vous dire que l'Australie est raciste, mais peut-être que le problème est plus présent qu'au Canada même si les deux sociétés sont similaires, d’origine britannique, jeunes et multiculturelles.