Valence est un mélange de jardins tranquilles et bien entretenus, d'embouteillages incessants, d'hommes d'affaire puissants, de plages de sable fin et de vie nocturne agitée. Valence n'est pas la plus belle ville d'Espagne, mais le touriste peut se laisser charmer par cet endroit charnière de toutes les influences historiques et culturelles de la Méditerranée. Un des meilleurs moments pour visiter Valence est la semaine des Fallas pour assister aux célèbres flambées des sculptures caricaturales en papier mâché. En 2009, la fête a lieu du 16 au 19 mars.
J'ai assisté le jour de la St-Joseph, le 19 mars, à cette fête mémorable qui est un des attraits touristiques les plus importants de l'Espagne au même rang que les corridas et le flamenco.
Plusieurs hypothèses existent pour expliquer l'origine des fallas. Son origine date du 7e siècle ap. J.-C. Au commencement, le mot falla ne représentait pas les sculptures de papier mâché, mais bien le feu qui les dissipait. Les paysans embrasaient des bûchers sur la côte de la ville pour informer les navigateurs que les pirates ne rôdaient plus et qu'ils étaient donc hors de danger. Plus tard, lorsque les pirates ont disparu, les paysans ont continué leurs traditions, mais par conviction religieuse, à l'heure des prières. Enfin, les fallas étaient embrasés pour fêter la venue des rois et les victoires guerrières. Il y a cependant une autre explication, païenne et plus répandue expliquée par le jour de la fête des fallas, le 19 mars, qui célèbre Saint-Joseph, patron des charpentiers, et de la venue de l'équinoxe de printemps. Les menuisiers et les charpentiers utilisaient un support en bois nommé parot pour suspendre leurs lampes à l'huile afin de les éclairer pendant les longues nuits hivernales. Ces parots devenus inutiles au printemps, les menuisiers et les charpentiers rassemblaient alors leurs parots pour les brûler. Ces parots ont plus tard pris la forme de marionnettes pour ensuite devenir les fameux ninots de cire et de papier mâché vers le 18e siècle. La fête, autrefois locale, a pris ensuite une ampleur nationale et internationale.
Depuis 1940, quatre ans après la fin de la guerre civile espagnole, une tradition s'est ajoutée à la fête: les filles et les femmes offrent à la patronne de Valence, la Virgen de los desemparados, des bouquets de fleurs qui sont déposés devant sa statut au mur de la basilique de Valence. Plus de quinze tonnes de fleurs forment un tapis de pétales devant la Vierge célébrée.
Bien que les fallas se déroulent en 2009 pendant quatre jours du 16 au 19 mars, la préparation de l'évènement et la construction des figures s'échelonnent sur une année et demande la participation de centaines d'artisans, de peintres, d'ouvriers et d'apprentis. En effet, la construction d'une seule oeuvre peut mobiliser une dizaine de personnes. Leur valeur peut atteindre 35 milles dollars canadiens et elles sont financées en grande partie par les loteries nationales et les différents quartiers de Valence. Lorsque la fête peut commencer, les fallas sont exposées dans la ville selon le rituel appelé planta. Cette installation nécessite des cordes, des grues et des échelles et est vérifiée de près par les concepteurs.
Pendant quatre jours, quelques 140 milles visiteurs admirent les oeuvres de papier mâché fantastiques et caricatures de l'année écoulée à Valence et en Espagne. Aucun aspect de la vie publique n'échappe aux moqueries des fallas. La journée commence par le réveil des despertadas, les "réveilleuses", qui sillonnent la ville et frappent cymbales et tambours. Le jour de Saint-Joseph, le 19 mars, à midi, les mascletas, une flambée de pétards éclatent près de la mairie. À minuit, presque tous les ninots sont mis à feu simultanément, ce qui est appelé le rituel de la crema. En fait, depuis 1935, un des 400 ninots est sauvé des flammes et conservé au Musée Fallero.
Les fallas est une fête traditionnelle, mais elle représente aussi une Espagne moderne et originale. Inspirés par la politique nationale et internationale, les Espagnols n'ont jamais manqué de thèmes à transformer en figures de papier mâché.
6.2.09
5.2.09
Rétrospective de Neruda
Un colis m'avait été envoyé par ma tante lorsque j'étais en Espagne en 1997. Le petit mot qu'elle m'y avait laissé disait : "Je sais que la mer nous rend nostalgique, elle permet de nous retrouver véritablement. Elle calme et inspire la tendresse." Suivait un roman pour lequel un film avait été produit, Le Facteur, et dont l'atmosphère qui y régnait ressemblait à celle d'Alicante. Une ardente patience d'Antonio Skarmeta, qui avait paru en 1985, avait été la porte qui m'avait fait découvrir le poète chilien Pablo Neruda.
D'origine modeste, Pablo Neruda, de son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, est né le 12 juillet 1904 à Parral, au Chili. Il a adopté comme pseudonyme le nom d'un poète tchèque Jan Neruda. Son enfance, très près de la nature, a pour cadre Temuco, petite ville de l'Araucanie, au Chili. Dès l'adolescence, il écrivait avec avidité. Entre autres, Crepusculario, malgré son titre d'ombre et de mélancolie, était bien une oeuvre de jeunesse. Dès l'année suivante, avec ses Veinte poemas de amor y una cancion desesperada, Neruda affirmait son génie dans l'expression de l'érotisme, dans l'exaltation de la femme, auxquelles se mêlent les échos de la mort.
Consul en Birmanie, au Sri Lanka, en Indonésie, Neruda a passé des années parsemées de solitude et d'angoisse. Malgré l'ennui, il rédigea en exotique Asie les deux premiers recueils de Residencia en la tierra.
En 1950, il a publié Canto general. C'est l'épopée de l'Amérique tout entière qui a pour thème ses minéraux, sa flore, sa faune, son histoire. C'est aussi un cri de révolte contre toutes les oppressions, depuis celles qu'exerçaient les conquérants sur les autochtones jusqu'aux dictatures de l'époque, en plus d'être un témoignage en faveur des exploités, des petits travailleurs.
Après le Canto general et des grands élans de révolte ou d'exaltation, le cycle des Odes montre comme un repli d'intériorisation où Neruda y célèbrait la vie quotidienne, tel l'Ode à la tomate. La poésie de Pablo Neruda trouvait aussi un nouvel épanouissement dans la célébration de l'amour du couple. En effet, Neruda était l'homme d'une grande passion: sa femme Matilde Urrutia lui a inspiré quelques-uns de ses plus beaux poèmes réunis sous le titre de Cien sonetos de amor (1959).
D'origine modeste, Pablo Neruda, de son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, est né le 12 juillet 1904 à Parral, au Chili. Il a adopté comme pseudonyme le nom d'un poète tchèque Jan Neruda. Son enfance, très près de la nature, a pour cadre Temuco, petite ville de l'Araucanie, au Chili. Dès l'adolescence, il écrivait avec avidité. Entre autres, Crepusculario, malgré son titre d'ombre et de mélancolie, était bien une oeuvre de jeunesse. Dès l'année suivante, avec ses Veinte poemas de amor y una cancion desesperada, Neruda affirmait son génie dans l'expression de l'érotisme, dans l'exaltation de la femme, auxquelles se mêlent les échos de la mort.
Consul en Birmanie, au Sri Lanka, en Indonésie, Neruda a passé des années parsemées de solitude et d'angoisse. Malgré l'ennui, il rédigea en exotique Asie les deux premiers recueils de Residencia en la tierra.
En 1950, il a publié Canto general. C'est l'épopée de l'Amérique tout entière qui a pour thème ses minéraux, sa flore, sa faune, son histoire. C'est aussi un cri de révolte contre toutes les oppressions, depuis celles qu'exerçaient les conquérants sur les autochtones jusqu'aux dictatures de l'époque, en plus d'être un témoignage en faveur des exploités, des petits travailleurs.
Après le Canto general et des grands élans de révolte ou d'exaltation, le cycle des Odes montre comme un repli d'intériorisation où Neruda y célèbrait la vie quotidienne, tel l'Ode à la tomate. La poésie de Pablo Neruda trouvait aussi un nouvel épanouissement dans la célébration de l'amour du couple. En effet, Neruda était l'homme d'une grande passion: sa femme Matilde Urrutia lui a inspiré quelques-uns de ses plus beaux poèmes réunis sous le titre de Cien sonetos de amor (1959).
Le voyage, au gré du vent
Les quatres éléments au gré du vent
Embrassent les voyages qui me soulèvent et me font rire
Le feu consumme mes faux désirs;
Il les transmute en firmament
Ô lointain soleil! n'entends-tu pas tous mes tourments?
J'ai le coeur pur et désire...
Les quatres éléments au gré du vent
Sirotent les vagues de mes soupirs
Et je me berce en t'écoutant; eau de la vie, eau de sourires
Ô bel océan! Te souviens-tu de ce futur?
Parfois j'oublie dans mes souillures quand plus qu'avant
J'ai le coeur pur et te désire...
Les quatres éléments au gré du vent
Taquinent mes élans, Ô quel plaisir!
Parfums de montagnes et pics ardents comme ils m'inspirent, airs de martyrs
Cheveux brillants te miroitant
Viens donc à moi, air tout-puissant
J'ai le coeur pur et te désire...
Les quatres éléments au gré du vent
Me guérissent sans me le dire
Parce qu'ils nourrissent non sans frémir
Cette connaissance au présent
Terre d'émeraude, terre d'avenir, germe en moi, sois tout simplement
J'ai le coeur pur et te désire
Embrassent les voyages qui me soulèvent et me font rire
Le feu consumme mes faux désirs;
Il les transmute en firmament
Ô lointain soleil! n'entends-tu pas tous mes tourments?
J'ai le coeur pur et désire...
Les quatres éléments au gré du vent
Sirotent les vagues de mes soupirs
Et je me berce en t'écoutant; eau de la vie, eau de sourires
Ô bel océan! Te souviens-tu de ce futur?
Parfois j'oublie dans mes souillures quand plus qu'avant
J'ai le coeur pur et te désire...
Les quatres éléments au gré du vent
Taquinent mes élans, Ô quel plaisir!
Parfums de montagnes et pics ardents comme ils m'inspirent, airs de martyrs
Cheveux brillants te miroitant
Viens donc à moi, air tout-puissant
J'ai le coeur pur et te désire...
Les quatres éléments au gré du vent
Me guérissent sans me le dire
Parce qu'ils nourrissent non sans frémir
Cette connaissance au présent
Terre d'émeraude, terre d'avenir, germe en moi, sois tout simplement
J'ai le coeur pur et te désire
Abysse
Sensible, l'homme, ulcère
De l'orage qui gronde du malheur des terres
Pourfendant les vents qui n'en souffrent guère,
Du feu qui crépite de l'antre de lucifer.
Mais comment survivre d'une méchanceté si torride?
D'un torrent de sang et de larmes
Inondant ainsi son âme
Créant une abîme d'une douleur morbide?
Des lunes sont passées,
Perdu dans un trou noir, effrayé,
Tout espoir s'est envolé
Comme une gloire éphémère, il a perdu sa dignité
À tâton, d'une main désséchée
Il recherche la clarté
Il se sent seul, il est désespéré
Il ne croit plus en lui ni en son héritier
Pourtant, son fils le regarde sombrer
Il est avide de le sauver,
Mais le sable ensevelit son père
Satisfait ses efforts, point ne s'avère
Le fils lui tend la main
L'homme ne se débat point
Il lui tend une lierre
Point de mots ne prononce son père
Le fils alors se dresse de colère
La tristesse emplit ses yeux noirs
Noir, comme le désespoir
L'enfant égaré aurait-il perdu son père?
Il tourne le dos rageusement
En pensant, malheureusement
Que personne ne peut aider
Quelqu'un contre sa volonté
De l'orage qui gronde du malheur des terres
Pourfendant les vents qui n'en souffrent guère,
Du feu qui crépite de l'antre de lucifer.
Mais comment survivre d'une méchanceté si torride?
D'un torrent de sang et de larmes
Inondant ainsi son âme
Créant une abîme d'une douleur morbide?
Des lunes sont passées,
Perdu dans un trou noir, effrayé,
Tout espoir s'est envolé
Comme une gloire éphémère, il a perdu sa dignité
À tâton, d'une main désséchée
Il recherche la clarté
Il se sent seul, il est désespéré
Il ne croit plus en lui ni en son héritier
Pourtant, son fils le regarde sombrer
Il est avide de le sauver,
Mais le sable ensevelit son père
Satisfait ses efforts, point ne s'avère
Le fils lui tend la main
L'homme ne se débat point
Il lui tend une lierre
Point de mots ne prononce son père
Le fils alors se dresse de colère
La tristesse emplit ses yeux noirs
Noir, comme le désespoir
L'enfant égaré aurait-il perdu son père?
Il tourne le dos rageusement
En pensant, malheureusement
Que personne ne peut aider
Quelqu'un contre sa volonté
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