24.9.08

Joue ta peau


Attends une seconde que je te respire
Que je batte ton coeur à travers ce mal
Ne penses-tu pas à demain, ton ouvrage?
À travers ta douleur, ne penses-tu pas
au parfum de ta cour, à ta soif de vent,
de vivre, de vaincre?

Ref: Bouge pour ne plus avoir peur
C'd'ma faute, je te crois sans faute
Baisse le volume que je te soupire
Chuchote ces mots qui me donnent patience
Pense ta peau... o... Joue ta peau

N'as-tu pas peur? Tu soupires d'impatience
Ce corps qui te bloque, t'arrête, te gêne...
Inspire... expire... inspire... expire... mmm...
Attendre de casser la baraque
Chaque mouvement approuve au condamné
Respire l'eau, bois l'air que tu humes
Goûte, entre les deux, ma chair chaude

Redis-moi ces mots qui me traversent le corps
Redis-moi ces mots qui me frisonnent
Redis-moi la liberté de jouir la vie
Et surtout, braise le feu, ne rien éteindre
Garder au chaud sur ton épaule
Ma tête qui chavire


.Chanson composée par Maryse Thériault.

- Photo : Julie Thériault, Colombie, 2008 -

7.9.08

Les taxistes ont leur interprétation de la constitution


En Équateur, il y aura un référendum pour changer la constitution le 28 septembre prochain. J'avais aucune idée de ce référendum avant d'arriver ici. J'en ai été informée d'abord en lisant le journal El Comercio. Au travail, il en a été aussi question. Ensuite, des chauffeurs de taxi m'en ont parlé sans que je n'entame la conversation à ce sujet.

D'abord, une collègue m'a appris que la sécurité sociale est obligatoire en Équateur, mais que peu d'employeurs respectent cette obligation. Beaucoup d'employés sont donc sans sécurité sociale et le système est désuet. La constitution proposerait de rendre absolument obligatoire l'inscription des employés à la sécurité sociale.

Ensuite, prise dans le traffic de Quito, en route vers le Centre historique, le chauffeur me parle de la constitution lorsque nous croisons quelques manifestants brandissant des affiches du NON tracé à la main. Ses commentaires sont vagues et semblent fondés sur des ouï-dires, comme ceux des chauffeurs de taxi habituellement. Il dit qu'un projet de la nouvelle constitution est de protéger les ressources naturelles et, surtout, que l'eau ne soit pas privatisée. Selon lui, la prochaine lutte importante est celle de l'eau et non du pétrole.

Une fois à la Place de l'Indépendance, je m'approche d'un groupe de femmes manifestant devant le Palais du Gouvernement. Leurs affiches réclament la fin de la corruption au ministère de l'Éducation.

Devant l'Église et le Couvent Saint-François, plusieurs enfants me proposent de cirer mes Adidas. Ils ont les mains salies par la graisse de la cire et leurs vêtements sont tellement sales que j'en conclus qu'il doivent porter toujours les même shirts et pantalons.

Ensuite, je suis rentrée à l'Église de la Compagnie de Jésus. Jamais je n'avais vu autant d'or: les murs, les plafonds et les oeuvres en sont couverts. Avec la lumière qui pénètre à travers les vitraux, l'or resplendit.


Maintenant, ça fait deux heures que je marche. L'altitude et la pollution m'affectent beaucoup et mes pas sont lourds. Quito est à 2600 mètres d'altitude. Il y a longtemps que la pollution ne m'avait pas autant affectée: mes yeux me piquent, j'ai de la difficulté à respirer et la forte odeur du diesel me donne la nausée. Leur essence ne respecte pas nos standards: elle est bourrée de plomb. Je fais quelques tentatives infructueuses avant de trouver un taxi libre et disponible.

Une fois assise, je pense "Quelle libération!" ou avec une pointe d'ironie "Gracias a Dios!" J'ai l'impression que je vais être malade: j'ai la nausée. La vitre du chauffeur est ouverte et le cauchemar continue. Le chauffeur me demande si je veux passer par telle route ou telle autre, je réponds sèchement: "No lo sé, señor", tout en me disant qu'il peut bien me flouer s'il a envie en prenant la route la plus longue, de toute façon, j'en ai marre. Je suis quand même peu confortable avec ma bête réaction et je crois bon me justifier. Je lui explique que j'ai marché deux heures dans le Centre et que l'altitude et la pollution me font sentir mal. Il propose de fermer sa vitre, ce qui me soulage bien que l'odeur traverse la carroserie et que les narines me piquent toujours.

Il commence à me parler du référendum. Il semble plus informé que le premier chauffeur. Un projet du Président Rafael Correa est de mieux répartir la richesse: que les pauvres soient moins pauvres et les riches, moins riches. Bien sûr, il y a beaucoup de réticences des riches qui veulent toujours être plus riches. J'ajoute: "Plus riche encore". Il acquiesce avec un sourire. Il me regarde dans le rétroviseur pendant que nous discutons. Je me risque à lui demander naïvement: "Correa deviendra-t-il corrompu?" Semble-t-il qu'il ne le soit pas encore. Il est élu depuis 2006. Cependant, si la nouvelle constitution est acceptée, l'élection du président ne sera plus d'un seul mandat de quatre ans, mais elle permettra la réélection du président. Correa considère ainsi que le gouvernement peut se concentrer davantage sur ses politiques plutôt que sa réélection.

Le OUI est actuellement donné gagnant par les sondages. Le chauffeur me dit que le vote en Équateur est à 60% indigènes. Il m'explique que ceux-ci vivent principalement à la campagne et qu'ils sont peu éduqués. Ils vont à l'école de campagne, que je compare à nos écoles de campagne à l'époque de ma grand-mère qui rassemblaient tous les âges. Un melting-pot du primaire au secondaire. "Ils acceptent sans se questionner ce qu'on leur propose." Au contraire, en ville, à Quito, à Guayaquil - la ville la plus peuplée de l'Équateur et le port en importance -, 80% de la population est éduquée et de moins en moins naïve. Le maire de Quito appuie le OUI, mais le maire de Quayaquil est catégorique: c'est le NON ou il démissionera.

L'adversaire de Correa en 2006, Alvaro Noboa, un milliardaire ayant plus de cent entreprises en Équateur et à l'étranger, n'a pas été élu pour "bobo" - i.e. fou, stupide, niaiseux - selon le taxiste. Le chauffeur m'explique qu'il brandissait toujours la bible. "Il faisait beaucoup référence à Dieu?", je lui demande. "Non, il se disait l'envoyé de Dieu. Les gens ne sont pas si stupides..."

- Photos : Julie Thériault, Quito (Équateur), 2008 -