27.11.07
La Colombie, un prochain El Dorado?
Cartagène, en Colombie, est hôte de l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT) : des centaines de ministres, d'hommes d'affaire, d'experts et de journalistes de 121 pays participent à la rencontre qui durera du 23 au 29 novembre 2007. Une occasion que le gouvernement colombien souhaite utiliser pour promouvoir l’image du pays à l’étranger.
Le gouvernement colombien lance une campagne de valorisation auprès des pays étrangers. Le ministre du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme de Colombie, Luis Guillermo Plata, a annoncé lors de la première journée de l’Assemblée qu’il souhaite convaincre les autres pays de modérer les avis sur les dangers de certaines régions ou de certaines villes en Colombie – Le quotidien colombien El Tiempo, le 25 novembre 2007. Par exemple, la rubrique « Conseils aux voyageurs », du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada – MAECI -, suggère d’éviter onze des trente-deux départements de la Colombie, la plupart situés dans les régions rurales à la frontière avec l’Ecuador et au nord-est de la frontière avec le Venezuela.
En fait, selon le président de l’Assemblée, Francesco Frangialli – El Tiempo, 22 novembre 2007 -, la Colombie est un des plus importants potentiels touristiques de l’Amérique du Sud par ses montagnes, l’Amazonie, ses côtes Pacifique et Atlantique et une culture fantastique. Notamment, Bogota a le musée de l’Or le plus important au monde et une collection du célèbre peintre colombien, Botero. À 50 km de Bogota, se trouve la plus importante cathédrale souterraine au monde : une cathédrale de sel de 75 mètres de long et de 18 mètres de haut.
La légende de l’El Dorado vient de Guatavita, à 50 km de Bogota: les indigènes Muisca soufflait une poudre d’or sur le corps de leur cacique enduit d’une matière adérante. Il lançait aussi des oeuvres en or dans la lagune de Guatavite. Cette lagune sacrée pour les Indigènes a été plusieurs fois profanée. Pendant quatre siècles, les Espagnols, les Britanniques, les Américains ont tenté d’extirper les richesses de la lagune par différents stratagèmes. Les coûts des opérations étant plus élevés que les gains rencontrés, la lagune et ses environs ont été délaissés et sont devenus une zone protégée.
La Colombie, un prochain El Dorado? En 2006, la Colombie a reçu 1 220 000 visiteurs, soit le double depuis 2002, mais le défi est d’atteindre pour 2010 de quatre à cinq millions de visiteurs. Un défi réalisable, mais qui est toujours mis en péril par les conflits intérieurs qui alimentent la presse internationale.
21.11.07
Russie :: Souzdal, la ville aux milles dômes et à la feuille de chou
Aujourd’hui, à la suite de deux heures de route en autobus, je suis enfin à Vladimir. Une ville moche qui pourtant fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO. Elle porte en effet son millénaire et fut auparavant capitale de Russie. La rue principale est très passante et l'air est pollué. En plus, Olivier se blesse la cheville. Il a peut-être une entorse, mais il ne veut pas retourner à Moscou malgré sa blessure. Un jeune homme est assis sur une roche et fixe la vallée. Olivier et moi, nous allons près de lui. Olivier s'assoie pour soulager son pied. J'ai le guide touristique d'Olivier à la main. Il est en anglais. L’inconnu nous demande la permission d’y jeter un coup d’œil. On fait connaissance: il est de Vancouver. Une jeune russe se joint à nous. Elle étudie la littérature anglaise à l’université et souhaite discuter avec nous, car notre rencontre constitue une opportunité de pratiquer l’anglais. Lorsqu’elle s’assoie au sol, elle prend soin de s’improviser un siège en déposant un journal plié au-dessous de ses fesses. Vieille croyance pour ne pas perdre sa fertilité me dit Olivier. Pour dire qu’elle est heureuse, elle dit "to experiment positive emotions" plutôt que "to be happy". Charmant. Nous mangeons dans un petit resto offrant des blinis, les crêpes russes. Je trouve que la jeune russe mange peu, mais c’est peut-être l’heure. Le milieu de l’après-midi. Après le repas, elle doit nous quitter. Je l’embrasse sur les deux joues pour la remercier, mais je crois que je l’ai gênée. On se sépare du jeune homme de Vancouver. Nous quittons pour l’hôtel.
18.11.07
Le décès de grand-maman
Un jour, j’ai lu dans un livre que le sentiment de culpabilité était un terrible fléau au cœur de la majorité des êtres humains.
Invitée par mon employeur en Ontario en 1999, Patricia, à une fête organisée à l’occasion de l’anniversaire de sa belle-mère, j’ai accepté avec enthousiasme. Les membres de la famille de son mari sont tous d’origine yougoslave et possèdent donc un fort joli accent. Je ne connais personne à cette fête et tous ceux qui sont présents sont de plusieurs années mes aînés. Mais, malgré cela et malgré ma timidité, on me parle, on me questionne, on porte attention à moi et j’admire leur sympathie.
Une vieille femme m’apostrophe. En usant de tact, je lui demande de me livrer ses sentiments face à son immigration au Canada, à la guerre qui sévit présentement dans son pays au grand dam des Européens. Peut-être encouragée par ma propre solitude, je m’interroge sur son hypothétique tristesse lorsque des souvenirs de sa terre natale la rattrapent: les paysages, sa langue maternelle, sa famille demeurée au pays. Elle a le visage aimable et doux tel celui de ma défunte grand-mère. Ses mains sont frêles et les pupilles de ses yeux éveillées. Je ressens un élan de compassion et d’amitié pour cette vieille dame qui projète sur moi l’image de ma grand-mère décédée.
Aujourd’hui, Patricia m’a annoncé candidement que cette femme est morte. Elle s’est éteinte la nuit passée. Je suis blessée: triste que la mort l’ai emportée, mais davantage par l’ulcère de culpabilité qui me ronge à nouveau. Il y a de cela quatre ans, ma grand-mère Jeanne mourait d’un cancer du pancréas et du foie au Centre Michel-Sarrazin. La mort n’enlève jamais un être cher à un moment opportun. Pourtant, un an avant sa mort, j’avais commencé à lui rendre visite que très rarement en comparaison aux années précédentes qui ne comptent plus les fins de semaine passées à la campagne, alors routinières. De plus, elle est disparue au pire moment de mon adolescence irresponsable, désintéressée et délocalisée.
Ma grand-mère, elle portait une confiance infinie en mes capacités de réussite. En plus de m’encourager constamment, elle me soignait et me berçait jusqu’à très tardivement. Elle est disparue tellement vite, sans me donner la chance de réagir comme je l’aurais souhaité. Peut-être parce que je lui répétais sans cesse naïvement qu’elle vivrait plus que centenaire.
Une fois, je lui ai rendu visite peu avant qu’elle quitte définitivement sa maison pour rejoindre le Centre. Elle était allongée dans son lit, moitié assise, un oreiller supportant son dos. Elle avait les joues creuses et les bras osseux. Et voilà qu’elle m’avait appelé, mais j'avais fui! Quelle honte! Dans la chambre de couture où je m’étais réfugiée, mon parrain René me prenait dans ses bras et je pleurais sur son épaule. Il a tenté de me consoler, mais ses yeux se sont également emplis de larmes. La mort nous surpassait; nous étions impuissants.
Derrière René, une fenêtre par laquelle j’avais mille fois observé mon passé. La fenêtre donne sur la cour et au loin il y a le jardin et le grand garage. Le vert domine ce coin de campagne. L’herbe est humide, l’air frais et le soleil plombe sur mes cheveux foncés. J’ai chaud et je plisse les yeux. Plus loin encore, j’aperçois l’immense ferme de mon oncle à la toiture bleue. Les vaches laitières mangent, marchent et dorment dans le champ voisin à ma grand-mère. Le garage est immense - il y a deux étages - et fait de pierres de Saint-Épiphane, tel la maison. Au fond du grenier, il était commun que ma cousine et moi construisions des maisons et des châteaux, inventions des histoires de princesse et de Cendrillon, créions musées et laboratoires scientifiques. Derrière le garage, se trouve le gigantesque jardin. Je me perds presque entre les plants de maïs; je cueille carottes, pois mange-tout, fèves vertes et jaunes, fraises comme framboises et groseilles. Une haute haie limite les pourtours du vaste terrain.
Le jour de sa mort au Centre Michel-Sarrazin, j’étais absente.
17.11.07
On aime, on n'aime pas
Je me souviens de l’amour. Je suis heureuse de savoir de quelle matière l’amour est constitué. L’amour passion égale vivre l’un pour l’autre: pour se laisser bercer par le timbre de sa voix, être enivré des caresses de l’autre, avoir l’estomac noué du trac de sa présence. Le sens oculaire disparaît : l’amour est visible mais l’arrière-scène et ses décors sont flous. Je ne vois pas les autos qui circulent, je n’entends pas les gens qui marchent, je ne me souviens pas des rues que je croisent, les gratte-ciels ne m’impressionnent pas, les minutes s’envolent, les préoccupations s’effacent. Le rêve est réalité.
J’ai froid parce que le soleil tombe. Même que je gèle. Pendant ce temps mon cœur s’assouvit de la passion qui l’alimente, s’embrase, mais heureusement sans se consumer. La consumation est toujours pour plus tard. Le jour s’achève donc, l’obscurité avale le monde et le silence est maître. La pendule de l’horloge est fidèle au rythme des secondes et annonce le tournant des heures. Les images de la journée défilent dans ma tête et les remords me chagrinent. Demain m’allègre. Les dix doigts sont insuffisants aux décomptes du prisonnier qui attend sa liberté. Une larme perle par la nostalgie d’un "je t’aime" et le retentissement de son écho. Épisode reconnu? Marcel Bernier, psychologue au Centre d'orientation et de consultation psychologique de l'Université Laval, affirme qu'une des premières causes de consultation psychologique est l'amour.
Curieusement, certaines personnes affirment n’avoir jamais ressenti l’amour. Pourtant, c’est si simple d’aimer. Ce qui est plus ardu est de demeurer en amour: au Québec par exemple, 53,5% des mariages se terminent par un divorce. "La famille recomposée en décomposition", Louise Leduc, La Presse, 18 mars 2007.
Le psychiatre américain Scott Peck a écrit en 1978 un livre fantastique notamment sur l'amour: Le chemin le moins fréquenté - Je citerai l'auteur à plusieurs reprises durant ce texte. Pour l'auteur, l'amour est la "volonté de se dépasser dans le but de nourrir sa propre évolution spirituelle ou celle de quelqu'un d'autre. (...) Ainsi, l'acte d'aimer participe à l'évolution personnelle, même quand son but est le développement de quelqu'un d'autre. C'est en tendant vers l'évolution qu'on évolue." L'amour est donc une voie vers l'amélioration et le dépassement par la complicité des amoureux. "En élargissant nos frontières, nous tendons en quelque sorte vers l'être aimé dont nous désirons nourrir l'évolution. Pour y parvenir, l'objet de notre amour doit d'abord nous paraître aimable; en d'autres termes, il faut que nous soyons attirés par un objet hors de nous-mêmes, que nous nous investissions et que nous nous engagions vis-à-vis de lui, hors de nos frontières personnelles. (...) La seule véritable fin de l'amour est l'évolution humaine." Enfin, Saint-Exupéry a écrit: "aimer, c'est regarder dans la même direction."
Pour Scott Peck, l'amour est plus logique que passion; "volontaire plutôt qu'émotionnel". "L'amour, c'est ce qu'on fait, à la fois action et désir. La volonté implique aussi un choix. On n'est pas obligé d'aimer, on le décide. Si nous n'aimons pas vraiment quelqu'un, c'est parce que nous n'avons pas choisi de l'aimer, malgré nos bonnes intentions." Le "processus d'attirance, d'investissement et d'engagement se nomme cathexis. (...) Une union plus modéré et moins spectaculaire que lorsqu'on tombe amoureux, mais est en fait beaucoup plus stable, plus durable et finalement plus satisfaisant." Cependant, "l'effondrement temporaire des frontières du moi, impliqué dans le fait de tomber amoureux ou dans les rapports sexuels, nous amène non seulement à nous engager vers d'autres personnes et alors le véritable amour peut naître mais aussi nous donne l'avant-goût - encourageant - d'une extase mystique plus durable que l'on pourra atteindre au bout d'une vie d'amour. Donc, bien que tomber amoureux ne soit pas l'amour en soi, cela fait partie du grand et mystérieux dessein de l'amour." Selon l'auteur, quand on aime, c'est parce qu'on le veut.
L'amour est sain dans l'indépendance. "Les couples apprennent que la véritable acceptation de l'individualité de chacun - en l'occurrence de la sienne propre et de celle de l'autre - est la seule base sur laquelle le véritable amour peut se développer. (...) Deux personnes ne s'aiment vraiment que lorsqu'elles sont capables de vivre l'une sans l'autre mais choisissent de vivre ensemble." L'auteur ajoute: "devenir dépendant de quelqu'un est le pire mal que tu puisses te faire. Si tu attends le bonheur de quelqu'un d'autre, alors tu seras toujours déçu."
Justement, plusieurs couples se défont en réaction à leur peur d’avoir peur, car "l'amour implique inévitablement le risque du rejet ou la perte". Dans ce sens, l'amour est un travail qui demande du courage. "Faites confiance à quelqu'un et vous risquez d'être déçu; comptez sur quelqu'un et il ne peut vous laisser tomber. Le prix de la cathexis est la douleur. Si on a l'intention d'éviter la douleur, on doit sacrifier beaucoup de choses: les enfants, la mariage, l'extase du sexe, l'ambition, l'amitié - tout ce qui fait la vie et lui donne un sens. Bougez ou évoluez, dans quelque direction que ce soit, et votre récompense sera la peine autant que la joie. Une vie bien remplie est pleine de douleur. Mais la seule échappatoire est de ne pas vivre pleinement ou même de ne pas vivre du tout."
En conclusion, l'amour implique la "communication; de donner avec discernement, mais aussi parfois ne pas donner, encourager, mais aussi critiquer; argumenter; réconforter; et prendre des décisions parfois douloureuses."
- Photo : Frédéric Tremblay, Charlevoix (Québec, Canada), 2007 -
Les essentiels vers le bonheur
Le bonheur. On le cherche inlassablement et on vit du désespoir de ne jamais s’en complaire entièrement. La perception de la vie est différente à l’intérieur de chacune de nos têtes. Comme l’interprétation des couleurs, les albinos de la vie existent sûrement: il y en a pour qui tout est toujours fade et moche. Le psychiatre américain Scott Peck écrit dans son livre Le chemin le moins fréquenté, publié en 1978, que "la plupart des gens (...) se plaignent, parfois sans cesse... comme si la vie était en général facile." La première des quatre vérités nobles de Bouddha est que la vie est souffrance. Mais "c'est dans la confrontation aux problèmes et leur résolution que la vie trouve sa dynamique et sa signification. (...) Benjamin Franklin a écrit que ce qui blesse, instruit."
Malgré les épisodes de souffrance, le bonheur existe bien sûr! Il y a des trucs à suivre pour atteindre un plus grand bonheur, mais ce dernier n’est pas immuable à l’existence. Les trucs sont tirés d'une conférence de Thomas De Koninck, professeur de philosophie de l'Université Laval. Conférence était offerte par le Comité sur la santé psychologique du personnel dans le cadre de la Semaine de la prévention du suicide, le 8 février 2005.
Le bonheur, c’est d’aimer sans tomber dans la superficialité de la concupiscence. Aussi, le bonheur se trouve dans la connaissance, car sinon c’est la noirceur de l’ignorance et la béatitude candide. Ensuite, il y a l’indépendance face aux drogues, car celles-ci maintiennent dans l’artificialité. Tout abus est nocif. Aussi, le respect de l’entourage est vital. La sélection est essentielle: je ne suis pas une version générale accessible pour tous et vice versa. Enfin, le bonheur est omniprésent: il s’agit de le reconnaître et de l’adopter.
Pour lire l'ensemble de la conférence: http://www.santepsy.ulaval.ca/webdav/site/cspt/shared/pdf/Reflexions_sur_le_bonheur.pdf
- Photo : Frédéric Tremblay, Estrie (Canada), 2007 -
La télé, je suis désabusée
Lors de mon passage au Maroc en 2007, j'ai découvert l'auteur Tahar Ben Jelloun. Cet amoureux de Tanger a quitté Paris pour retrouver sa ville. Là où se mêle l'Atlantique et la Méditerranée. Un de ses livres, L'homme rompu - 1994 -, porte sur la corruption. Le protagoniste, Mourad, est un honnête fonctionnaire entouré d'un collègue corrompu, H.H., et d'une épouse, Hlima, qui n'accepte pas sa situation financière. Il touche finalement à des bakchichs. Il est ensuite tourmenté. Le récit sacarstique de la réalité de la corruption. Le récit se déroule au Maroc, mais plusieurs pays auraient pu en être la scène.
Maintenant. Je lisais le livre lorsque j'ai été surprise par des propos écrits au sujet de l'état d'âme du protagoniste: ses propos reproduisaient une pensée que j'ai mise par écrit en 1999. Je reprends donc la citation du livre - page 201 - et mon texte.
"(...) je regarde la télévision en attendant le retour de Hlima et des enfants. Les images se succèdent et je n'en retiens aucune. Elles passent comme dans un film absurde où les bobines ont été inversées. Je pense aux millions de Marocains qui, comme moi, sont en face ou à côté de leur poste et avalent des images sans se poser la moindre question. Peut-être que notre télévision est faite pour cela. En fait, je ne regarde et je ne vois rien. De la buée. Du flou. Des images se chevauchant puis se multipliant à l'infini."
J’aimerais transformer la tristesse en nostalgie et l’ennui en souvenir. Je pourrais être celle qui s’est assise au bord de la rivière Piedra et à pleurer. J’aimerais que Coelho m’inspire plus de chaleur littéraire: mes pieds sont gelés, mes yeux aussi, fixés à l’écran de la boîte à images. Les images défilent et, avec snobisme peut-être, je ne sais pas comment y trouver de l’intelligence et de l’intérêt. L’aliénation des publicités, des quiz béats, des téléromans sur la vie imaginée de personnages et, pire encore, la téléréalité, la connerie suprême, largement écoutée. Là, maintenant, que je reprenne les dictons marxistes pour dénoncer l’opium de ce siècle, je m’en fous parce que pour s’évader et s’éviter de penser, c’est très bien. Elle est sûrement convoitée pour cela. Là, maintenant, je n’ai pas envie de penser. Quand je pense, mes idées sont confuses: je me perds entre les mots de mon livre de Coelho, j’ai aucune envie de discuter, je n’ai rien à rédiger, mais j’ai une envie de m’empiffrer.
Je mets ma main au centre de ma poitrine. J’écoute mon respire: j’inspire plus longtemps et expire en abaissant mes épaules. Mon cœur bat: je le sens discrètement. Mon corps vit. Mes pensées tâtonnent dans une noirceur d’incertitude. Je n’aime pas la sensation: elle me rappelle lorsque je me suis plantée sur le plancher de verre au haut de la tour du CN et que je ragardais les voitures minuscules tout en bas. Une sensation de vertige et de perte de contrôle.
Maintenant. Je lisais le livre lorsque j'ai été surprise par des propos écrits au sujet de l'état d'âme du protagoniste: ses propos reproduisaient une pensée que j'ai mise par écrit en 1999. Je reprends donc la citation du livre - page 201 - et mon texte.
"(...) je regarde la télévision en attendant le retour de Hlima et des enfants. Les images se succèdent et je n'en retiens aucune. Elles passent comme dans un film absurde où les bobines ont été inversées. Je pense aux millions de Marocains qui, comme moi, sont en face ou à côté de leur poste et avalent des images sans se poser la moindre question. Peut-être que notre télévision est faite pour cela. En fait, je ne regarde et je ne vois rien. De la buée. Du flou. Des images se chevauchant puis se multipliant à l'infini."
J’aimerais transformer la tristesse en nostalgie et l’ennui en souvenir. Je pourrais être celle qui s’est assise au bord de la rivière Piedra et à pleurer. J’aimerais que Coelho m’inspire plus de chaleur littéraire: mes pieds sont gelés, mes yeux aussi, fixés à l’écran de la boîte à images. Les images défilent et, avec snobisme peut-être, je ne sais pas comment y trouver de l’intelligence et de l’intérêt. L’aliénation des publicités, des quiz béats, des téléromans sur la vie imaginée de personnages et, pire encore, la téléréalité, la connerie suprême, largement écoutée. Là, maintenant, que je reprenne les dictons marxistes pour dénoncer l’opium de ce siècle, je m’en fous parce que pour s’évader et s’éviter de penser, c’est très bien. Elle est sûrement convoitée pour cela. Là, maintenant, je n’ai pas envie de penser. Quand je pense, mes idées sont confuses: je me perds entre les mots de mon livre de Coelho, j’ai aucune envie de discuter, je n’ai rien à rédiger, mais j’ai une envie de m’empiffrer.
Je mets ma main au centre de ma poitrine. J’écoute mon respire: j’inspire plus longtemps et expire en abaissant mes épaules. Mon cœur bat: je le sens discrètement. Mon corps vit. Mes pensées tâtonnent dans une noirceur d’incertitude. Je n’aime pas la sensation: elle me rappelle lorsque je me suis plantée sur le plancher de verre au haut de la tour du CN et que je ragardais les voitures minuscules tout en bas. Une sensation de vertige et de perte de contrôle.
3.11.07
Le Québec contribue à la renaissance de la francophonie
La promotion du français en Amérique du Nord
D’abord, en 1967, à la suite de la création du ministère des Affaires intergouvernementales, le Québec avait négocié la création de commissions d’échanges culturels avec les États de la Nouvelle-Angleterre. En octobre 1981, le gouvernement péquiste de René Lévesque avait mis sur pied le Secrétariat permanent des peuples francophones, dont plusieurs activités étaient consacrées à la Nouvelle-Angleterre, mais qui a pris fin en 1992. Le ministère des Relations internationales du Québec a entretenu des relations - surtout dans les domaines de l'éducation et de la culture - avec l'ensemble des Franco-Américains et principalement avec la communauté du Nord-Est composée surtout d'émigrants québécois qui conservent eux-mêmes, souvent encore, des liens familiaux avec le Québec. Enfin, le gouvernement de Jean Charest a annoncé la création du Centre de la francophonie des Amériques en 2006 qui sera situé dans la ville de Québec.
Le commerce
À la suite d’un léger essoufflement du français en Amérique du Nord, causée notamment par sa perte de popularité au profit de l’espagnol, la langue française rayonne dorénavant aux États-Unis. Un rayonnement expliqué par deux facteurs: la mise en place de nouveaux espaces commerciaux supranationaux - ALENA - et l’essor d’un nombre important d’entreprises québécoises, dont Bombardier, Van-Houtte, Louis Garneau, Jean Coutu et Quebecor. Ainsi, la mondialisation a eu un effet inattendu: les anglophones unilingues souffrent maintenant de leur handicap linguistique, car la langue du client demeure la meilleure langue des affaires.

La culture et la langue
La promotion du français passe par l'information sur la francophonie. Cette information peut être diffusée par les médias: par l’introduction d’une chaîne d’information franco-américaine et non française et par la formation d'une chaîne d'information sur la francophonie internationale.
La promotion du français passe aussi par la création de symboles d’appartenance: des Jeux, des camps de vacances francophones, une distribution rapide et fréquente de journaux francophones et non français, tel le journal Fracas et le Bulletin Le français de l’Agence universitaire de la Francophonie - AUF -, des expositions d’arts francophones et des festivals francophones, tels le festival des Francofolies de Montréal et le festival international de Louisiane à Lafayette. Un autre symbole d'appartenance est la création en 1997 du dictionnaire universel francophone, réunissant les régionalismes des pays de la francophonie, publié par Hachette, mais malheureusement jamais réédité.
L'auteur Matthew Fraser présente les produits Hollywoodiens comme la puissance douce américaine. Dans son livre publié en 2004 "Les armes de distraction massive ou l’impérialisme culturel américain" - Hurtubise -, l'auteur montre que la survie et la diffusion d’une langue passe par la capacité d’une industrie du spectacle.
L’éducation
La francophonie a désormais une importante existence hors de la France. Le français n'appartient plus à la France. De plus en plus d’étudiants étrangers préfèrent étudier en français au Québec, en Amérique du Nord. Les réseaux académiques au Québec et aux États-Unis contribuent à l’enseignement de la francophonie et à l’histoire du français en Amérique: l'AUF basée à Montréal, les programmes gouvernementaux tel que le Québec Studies Program - QSP -, le volet international d’échanges étudiants de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec - CREPUQ.
Le Président de l'Organisation internationale de la Francophonie et du Burkina Faso, Blaise Compaoré, avait proposé un visa et un passeport francophone - à l'image du Commonwealth britannique - pour faciliter les déplacements des étudiants, des chercheurs et des entrepreneurs, mais il y a peu de chance de mettre en oeuvre cette proposition par la résistance des francophones du Nord.
L'immigration
Le ministère de l'Immigration et Communautés culturelles du Québec sélectionne plus de 40 000 futurs immigrants annuellement dans des territoires francophones - France, Maghreb, l'Afrique subsahariéenne, le Liban - mais également dans plusieurs pays francophiles. La connaissance du français est le deuxième critère en importance de la grille de sélection des travailleurs qualifiés, modifiée depuis le 16 octobre 2006. Pour un requérant célibataire, le français peut octroyer jusqu'à 16 points sur 59 points - la sélection des immigrants est déterminée par un système de pointage. Dans le cas d'un couple, 22 points sur 68 sont réservés au critère du français.
Le Québec exerce un attrait sur plusieurs francophiles souhaitant émigrer. Notamment, son économie florissante, sa qualité de vie et sa politique d'immigration encouragent les futurs candidats à l'immigration à acquérir des connaissances du français pour assurer leur sélection.
En conclusion, le Québec ne doit pas penser le français comme « sa » langue et ni comme celle de la France, mais comme celle d’une communauté internationale et se donner les moyens de rendre cette communauté désirable par la valorisation de son histoire, sa littérature et sa musique.
Je termine en soulignant la publication du livre "La Grande Aventure de la langue française" - version du livre "The Story of French" - par les écrivains et journalistes Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow. Il s’agit du premier livre racontant l’histoire du français par des francophones natifs de l’extérieur de la France.
- Photo : Frédéric Tremblay, Montréal (Canada), 2006 -
D’abord, en 1967, à la suite de la création du ministère des Affaires intergouvernementales, le Québec avait négocié la création de commissions d’échanges culturels avec les États de la Nouvelle-Angleterre. En octobre 1981, le gouvernement péquiste de René Lévesque avait mis sur pied le Secrétariat permanent des peuples francophones, dont plusieurs activités étaient consacrées à la Nouvelle-Angleterre, mais qui a pris fin en 1992. Le ministère des Relations internationales du Québec a entretenu des relations - surtout dans les domaines de l'éducation et de la culture - avec l'ensemble des Franco-Américains et principalement avec la communauté du Nord-Est composée surtout d'émigrants québécois qui conservent eux-mêmes, souvent encore, des liens familiaux avec le Québec. Enfin, le gouvernement de Jean Charest a annoncé la création du Centre de la francophonie des Amériques en 2006 qui sera situé dans la ville de Québec.
Le commerce
À la suite d’un léger essoufflement du français en Amérique du Nord, causée notamment par sa perte de popularité au profit de l’espagnol, la langue française rayonne dorénavant aux États-Unis. Un rayonnement expliqué par deux facteurs: la mise en place de nouveaux espaces commerciaux supranationaux - ALENA - et l’essor d’un nombre important d’entreprises québécoises, dont Bombardier, Van-Houtte, Louis Garneau, Jean Coutu et Quebecor. Ainsi, la mondialisation a eu un effet inattendu: les anglophones unilingues souffrent maintenant de leur handicap linguistique, car la langue du client demeure la meilleure langue des affaires.
La culture et la langue
La promotion du français passe par l'information sur la francophonie. Cette information peut être diffusée par les médias: par l’introduction d’une chaîne d’information franco-américaine et non française et par la formation d'une chaîne d'information sur la francophonie internationale.
La promotion du français passe aussi par la création de symboles d’appartenance: des Jeux, des camps de vacances francophones, une distribution rapide et fréquente de journaux francophones et non français, tel le journal Fracas et le Bulletin Le français de l’Agence universitaire de la Francophonie - AUF -, des expositions d’arts francophones et des festivals francophones, tels le festival des Francofolies de Montréal et le festival international de Louisiane à Lafayette. Un autre symbole d'appartenance est la création en 1997 du dictionnaire universel francophone, réunissant les régionalismes des pays de la francophonie, publié par Hachette, mais malheureusement jamais réédité.
L'auteur Matthew Fraser présente les produits Hollywoodiens comme la puissance douce américaine. Dans son livre publié en 2004 "Les armes de distraction massive ou l’impérialisme culturel américain" - Hurtubise -, l'auteur montre que la survie et la diffusion d’une langue passe par la capacité d’une industrie du spectacle.
L’éducation
La francophonie a désormais une importante existence hors de la France. Le français n'appartient plus à la France. De plus en plus d’étudiants étrangers préfèrent étudier en français au Québec, en Amérique du Nord. Les réseaux académiques au Québec et aux États-Unis contribuent à l’enseignement de la francophonie et à l’histoire du français en Amérique: l'AUF basée à Montréal, les programmes gouvernementaux tel que le Québec Studies Program - QSP -, le volet international d’échanges étudiants de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec - CREPUQ.
Le Président de l'Organisation internationale de la Francophonie et du Burkina Faso, Blaise Compaoré, avait proposé un visa et un passeport francophone - à l'image du Commonwealth britannique - pour faciliter les déplacements des étudiants, des chercheurs et des entrepreneurs, mais il y a peu de chance de mettre en oeuvre cette proposition par la résistance des francophones du Nord.
L'immigration
Le ministère de l'Immigration et Communautés culturelles du Québec sélectionne plus de 40 000 futurs immigrants annuellement dans des territoires francophones - France, Maghreb, l'Afrique subsahariéenne, le Liban - mais également dans plusieurs pays francophiles. La connaissance du français est le deuxième critère en importance de la grille de sélection des travailleurs qualifiés, modifiée depuis le 16 octobre 2006. Pour un requérant célibataire, le français peut octroyer jusqu'à 16 points sur 59 points - la sélection des immigrants est déterminée par un système de pointage. Dans le cas d'un couple, 22 points sur 68 sont réservés au critère du français.
Le Québec exerce un attrait sur plusieurs francophiles souhaitant émigrer. Notamment, son économie florissante, sa qualité de vie et sa politique d'immigration encouragent les futurs candidats à l'immigration à acquérir des connaissances du français pour assurer leur sélection.
En conclusion, le Québec ne doit pas penser le français comme « sa » langue et ni comme celle de la France, mais comme celle d’une communauté internationale et se donner les moyens de rendre cette communauté désirable par la valorisation de son histoire, sa littérature et sa musique.
Je termine en soulignant la publication du livre "La Grande Aventure de la langue française" - version du livre "The Story of French" - par les écrivains et journalistes Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow. Il s’agit du premier livre racontant l’histoire du français par des francophones natifs de l’extérieur de la France.
- Photo : Frédéric Tremblay, Montréal (Canada), 2006 -
Le prix de l'ambition
Il pleut. Beaucoup. Une journée sans soleil. Un ciel gris et lourd. Je ne sais pas si "c'est un p'tit bonheur", Félix. Un petit, oui. "Emmenez-moi" plutôt car "la misère est - paraît-il - moins pénible au soleil." N'est-ce pas Charles?
Le monde s'est arrêté: les rues sont abandonnées; cloîtrées sont ces gens. La Terre tourne sans moi ou avec moi. Je suis dans ma cuisine, dans l'immobilité. Mes pieds sont froids. J'aimerais faire tout, sauf justement ceci. Faire tout, mais justement pas cela. J'aimerais être partout, mais non, pas ici!
À la radio, un homme raconte sa préparation pour un grand repli en Arctique. C'est ça, maintenant pour se faire une vie palpitante et échapper à la routine, l'homme s'est dit qu'il devrait s'immiscer entre deux glaciers où aucun hélicoptère ne pourra le rescaper. Et pourquoi va-t-il affronter le gèle: le nez glacé, les orteils immobilisées, les joues plaquées d'engelures, les doigts raidis? Pour lui-même? Vraiment? Peut-être. Ou pour le prestige social? Combien vivent-ils et consacrent-ils leurs activités ou leurs désirs professionnels dans le but de la reconnaissance d'autrui?
À 17 ans, au Nord de Toronto, au chalet d'une amie - elle était gardienne des enfants des propriétaires -, j'ai rencontré une femme, une amie des propriétaires. Une femme simple. Assise au bout du quai, elle m'a dit travailler quelques mois en Ontario pour repartir en voyage quelques mois. Sa vie était ainsi: entre ici et là-bas. Rien de plus que le plaisir sans de grandes aspirations. Une vie simple.
Maintenant, je n'insinues pas de ne pas avoir des ambitions, des projets de grandeur. Non. Je suis seulement sceptique envers tous ces anxieux - l'anxiété étant une peur qui n'a plus sa raison d'être, une sensation de vide -, ces insatisfaits, ces dépressifs qui exigent trop, qui oublient de profiter des "p'tits bonheurs" quotidiens. Les chiffres parlent: 50% de l'absentéisme au travail est causé par les troubles de santé mentale au Québec. Le stress étant la cause première. Ailleurs dans le monde, la tendance est similaire.
Lire à ce sujet l'article de Guillaume Bourgault-Côté publié dans Le Devoir le 2 novembre 2007, "Le nouveau mal du siècle":
http://www.ledevoir.com/2007/11/02/162843.html
- Photo : Frédéric Tremblay, Carlevoix (Québec, Canada), 2007 -
Le monde s'est arrêté: les rues sont abandonnées; cloîtrées sont ces gens. La Terre tourne sans moi ou avec moi. Je suis dans ma cuisine, dans l'immobilité. Mes pieds sont froids. J'aimerais faire tout, sauf justement ceci. Faire tout, mais justement pas cela. J'aimerais être partout, mais non, pas ici!
À la radio, un homme raconte sa préparation pour un grand repli en Arctique. C'est ça, maintenant pour se faire une vie palpitante et échapper à la routine, l'homme s'est dit qu'il devrait s'immiscer entre deux glaciers où aucun hélicoptère ne pourra le rescaper. Et pourquoi va-t-il affronter le gèle: le nez glacé, les orteils immobilisées, les joues plaquées d'engelures, les doigts raidis? Pour lui-même? Vraiment? Peut-être. Ou pour le prestige social? Combien vivent-ils et consacrent-ils leurs activités ou leurs désirs professionnels dans le but de la reconnaissance d'autrui?
À 17 ans, au Nord de Toronto, au chalet d'une amie - elle était gardienne des enfants des propriétaires -, j'ai rencontré une femme, une amie des propriétaires. Une femme simple. Assise au bout du quai, elle m'a dit travailler quelques mois en Ontario pour repartir en voyage quelques mois. Sa vie était ainsi: entre ici et là-bas. Rien de plus que le plaisir sans de grandes aspirations. Une vie simple.
Maintenant, je n'insinues pas de ne pas avoir des ambitions, des projets de grandeur. Non. Je suis seulement sceptique envers tous ces anxieux - l'anxiété étant une peur qui n'a plus sa raison d'être, une sensation de vide -, ces insatisfaits, ces dépressifs qui exigent trop, qui oublient de profiter des "p'tits bonheurs" quotidiens. Les chiffres parlent: 50% de l'absentéisme au travail est causé par les troubles de santé mentale au Québec. Le stress étant la cause première. Ailleurs dans le monde, la tendance est similaire.
Lire à ce sujet l'article de Guillaume Bourgault-Côté publié dans Le Devoir le 2 novembre 2007, "Le nouveau mal du siècle":
http://www.ledevoir.com/2007/11/02/162843.html
- Photo : Frédéric Tremblay, Carlevoix (Québec, Canada), 2007 -
2.11.07
Stagnation de la pauvreté en Russie
La Russie. La pauvreté de certains Russes; à l'opposition des nouveaux riches. La Russie se distingue par sa position nordique, mais sa situation économique à l’image des pays en voie de développement normalement caractéristique aux pays du Sud. La pauvreté en hiver. Leur peau est laiteuse comme la neige de la campagne russe et leurs traits sont tristes. Tristes comme les arbres dépouillés de leurs feuilles. Devant cette pauvreté fréquente, défilent les monuments imposants d’un temps glorieux. La gloire et la déchéance se croisent à Moscou. Particulier. J’admire l’église Basile-le-Bienheureux, le Kremlin, les centaines de cathédrales chapeautées de dômes uniques, le Grand théâtre... Les Russes sont patriotiques et aiment ressasser leur passé glorieux. Ils se retrouvent dans une quête collective. À l’époque soviétique, l'ambition collective donnait un sens à leur vie. Elle prévalait sur les ambitions individuelles. Aujourd’hui, les Russes aiment valoriser la puissance de leur pays. Un pays du G8; un pays membre permanent des Nations Unies et bénéficiant du droit de veto. Plus de la moitié des Russes glorifient Staline. Ce peuple longtemps opressé et paternalisé exige un gouvernement fort. La stabilité économique - maintien du rouble -; rien de plus. La stabilité politique - centralisation du pouvoir par le président, Vladimir Poutine; rien de plus. La sécurité - rigidité de Poutine avec les Tchétchènes -; rien de plus.
Moi, je suis assez bien assise dans le Transsibérien. Les kilomètres déroulent entre Moscou et moi. La Terre contient une population vertigineuse; eux, ils sont 147 millions de Russes de Moscou à Vladivostok, concentrés à l’ouest de l’Oural. Par la fenêtre, je regarde les rares personnes qui déambulent. Lorsque je croise leur regard, à cet instant éphémère, ils sont réels; ensuite, ils deviennent des images sans consonance au creux de ma mémoire.
J’observe les étoiles du communisme sur les wagons de train. L'empreinte du passé communisme est partout, à l’exception des portraits et sculptures de Staline retirées et rangées dans les musées. La censure et la propagande avait alimenté la sacralisation de cette époque.
Beaucoup de Russes ont des yeux intenses - souvent gris bleu - et tristes. Comme les yeux du jeune homme qui partage mon coupé. Je vais me servir un autre thé. L’eau chaude est au début du wagon dans un grand réservoir de métal. Je tourne la poignée et l’eau fumante coule. Le thé me réconforte. Une sensation de chaleur instantanée. J'avale de petites gorgées. Les rayons du soleil perdent lentement de leur intensité. Les forêts sont bondés de bouleaux feuillus et moins feuillus. Le mouvement répétitif du train rythme ce voyage en Sibérie.
- Photo : Olivier Turcotte, Souzdal (Russie), 2005 -
Les Violons du Roi :: le frisson musical
Je me suis levée tôt ce 26 mars 2006. Mais pas assez tôt pour arriver au début du concert des Violons du Roi. Mon retard m’a enlevé toute chance de décrocher un siège respectable à la bibliothèque Gabrielle-Roy. Je ne peux pas me résigner à demeurer debout tout le concert. Le classique, de plus, inspire à la détente.
Je fais le tour de la salle : contourne les présentoirs des livres de nouveautés et les ordinateurs. Ce matin-là, le classique a détendu les esprits. Deux fois, on se montre très gentil. D’abord, un monsieur, me voyant à la recherche d’une place où prendre mon pied pour écouter de mes oreilles charmées, m’interpelle : « Il y a une chaise libre là-bas. » Rien à comprendre. Normalement, j’attends pour un poste Internet à la bibliothèque et une personne de passage me pique ma place si quelqu’un se lève au même instant pour quitter son poste. Comme j’ai du caractère et je n’accepte pas de me faire voler mon siège que j’attends depuis plus longtemps, je suis toujours déterminée à donner une bonne leçon de savoir-vivre et je m’affirme sans gêne. On me regarde toujours outré comme si j'avais décidé de feinter l’attente et que c’était moi la voleuse de poste. Donc, autant de courtoisie ce matin-là est étrange. Il y a de la nostalgie dans l’air.
Il me pointe une chaise, tout juste derrière la contrebasse. Je suis derrière l’orchestre et face au chef d’orchestre, Bernard Labadie. Génial! Je m’assoies. Quelques minutes plus tard, entre deux sonates, je survole le programme. Un coupon de tirage est glissé à l’intérieur. L’homme à ma droite, qui louche légèrement, m’offre son stylo pour remplir le coupon. Je le remercie. Sans aucun doute, le classique inspire à la bonté.
Entre deux autres sonates, un violoniste passe devant moi. Il a une blessure au bas de la mâchoire. Un peu plus tard, j’observe la même chose - blessure inidentifiable - sur une violoniste. Maladie orchestrale? Et je comprends soudain que, bien entendu, il s’agit d’une irritation causée par la mentonnière. Ils ont joué intensément toute la fin de semaine dans différentes bibliothèques de la ville.
L’expérience est géniale : je suis assise derrière l’orchestre. Je vois donc les partitions, les mimiques de Bernard Labadie et surprends les regards complices des musiciens. Après le concert, j’ose demander au contrebassiste d’essayer son instrument. J'aime le mini, mais l'immensité de l'instrument m'impressionne. Je tente quelques notes de l’archer, mais j’ai peu de succès et je suis intimidée. Alors le musicien reprend l’archer et joue quelques notes. J’ai la contrebasse collée sur le corps. Je vibre avec les cordes.
http://www.violonsduroy.com/
Je fais le tour de la salle : contourne les présentoirs des livres de nouveautés et les ordinateurs. Ce matin-là, le classique a détendu les esprits. Deux fois, on se montre très gentil. D’abord, un monsieur, me voyant à la recherche d’une place où prendre mon pied pour écouter de mes oreilles charmées, m’interpelle : « Il y a une chaise libre là-bas. » Rien à comprendre. Normalement, j’attends pour un poste Internet à la bibliothèque et une personne de passage me pique ma place si quelqu’un se lève au même instant pour quitter son poste. Comme j’ai du caractère et je n’accepte pas de me faire voler mon siège que j’attends depuis plus longtemps, je suis toujours déterminée à donner une bonne leçon de savoir-vivre et je m’affirme sans gêne. On me regarde toujours outré comme si j'avais décidé de feinter l’attente et que c’était moi la voleuse de poste. Donc, autant de courtoisie ce matin-là est étrange. Il y a de la nostalgie dans l’air.
Il me pointe une chaise, tout juste derrière la contrebasse. Je suis derrière l’orchestre et face au chef d’orchestre, Bernard Labadie. Génial! Je m’assoies. Quelques minutes plus tard, entre deux sonates, je survole le programme. Un coupon de tirage est glissé à l’intérieur. L’homme à ma droite, qui louche légèrement, m’offre son stylo pour remplir le coupon. Je le remercie. Sans aucun doute, le classique inspire à la bonté.
Entre deux autres sonates, un violoniste passe devant moi. Il a une blessure au bas de la mâchoire. Un peu plus tard, j’observe la même chose - blessure inidentifiable - sur une violoniste. Maladie orchestrale? Et je comprends soudain que, bien entendu, il s’agit d’une irritation causée par la mentonnière. Ils ont joué intensément toute la fin de semaine dans différentes bibliothèques de la ville.
L’expérience est géniale : je suis assise derrière l’orchestre. Je vois donc les partitions, les mimiques de Bernard Labadie et surprends les regards complices des musiciens. Après le concert, j’ose demander au contrebassiste d’essayer son instrument. J'aime le mini, mais l'immensité de l'instrument m'impressionne. Je tente quelques notes de l’archer, mais j’ai peu de succès et je suis intimidée. Alors le musicien reprend l’archer et joue quelques notes. J’ai la contrebasse collée sur le corps. Je vibre avec les cordes.
http://www.violonsduroy.com/
Collision avec l'islam
Première expérience dans un pays musulman. En Tunisie. En 2007.
Caractéristiques des Tunisiens: un teint basané, un langage indécryptable - le dialecte tunisien -, et un regard perçant. Les hommes et les garçons, ils sont regroupés sur les terrasses des cafés. Ils ont le style en général machiste et bien arrangé.
Que ce soit le chauffeur de taxi, le vendeur du souk, le serveur au restaurant, tous aiment la négociation. Ils proposent des prix exorbitants que je coupe du sabre en deux. Mais parce que je suis la Canadienne et c'est dimanche, ils ont toujours le superbe prix soudainement à m'offrir. « C’est gratuit jusqu’à la caisse! », « Regardez, c’est gratuit! ».
Ils me harcèlent dans la rue : je suis une étrangère, mais pourtant pas anonyme. On m’interroge sur ma vie privée, mon travail, le lieu de ma demeure, mon origine. Je respire. On me surnomme gazelle. Je roule des yeux... Ça suffit, me suis-je dit. Et puis, on s’y fait de se faire siffler la gazelle. La gazelle des neiges. De se faire tutoyer. D’être invitée à une visite guidée pour nous soutirer quelques dinars. De se faire rappeller que la foire d’artisanat berbère termine aujourd’hui. Après tout, pour certains, c’est la pauvreté. Coin St-Laurent, Ste-Cat., on tend la main et c’est tout.
La Tunisie, loin de pratiquer la charia et l’intégrisme, me heurte dans mes manières et mes valeurs. Et puis, je me détends. Ils ont l’air de ces terroristes du Hamas, du Djihad ou de Talibans, mais ils n’ont rien à voir avec ces mouvements. Je le sais, mais je constate que les infos occidentales m’ont imprégnée. Ça y est, je suis l’occidentale, nord-américaine de surcroît, qui a la frousse. En fait, je suis déroutée par nos préjugés construits à travers les médias et les politiciens américains. La méconnaissance peut être source de jugements préconçus. Ici, tout est différent. Leur histoire n’a rien à voir avec le Vatican, elle prend sa source au Proche et au Moyen-Orient.
Ils ont des portes comme des serrures antiques énormes. Le blanc domine la majorité des maisonnettes et commerces. Ils ont des théâtres centenaires restaurés en cinéma, mais les gens les fréquentent sans plus remarquer leurs majesté. Les chats se faufillent sur les estrades et les adolescents mal éduqués rient des seins de Monica Bellucci dans « Combien tu m'aimes? ». Ils fument et ne devraient pas assister à ce film réservé aux majeurs. Les seins de Monica et les courbes de ses hanches, c’est du solide, ici, en Tunisie.
Répondent-ils tous à l’appel de la prière qui s'entend comme une complainte cinq fois par jour? Cet enregistrement qui gémit au travers la ville. La ville dense. Des jeunes gens partout – 60 % de la population est âgée de moins de 20 ans. Des traffics piétonniers. Des autos qui conduisent pour écraser les gens. Pourtant, de nombreux policiers les guettent. Leurs sifflets transcendent les rues. De ma chambre au 11e étage de l’hôtel de verre sur Habib Bourguiba, le son des sifflets est incessant. Les policiers, ils soudoient bien sûr. Selon un chauffeur de taxi, de brûler le feu jaune lui aurait coûté son permis, ainsi que 120 dinars alors qu’il pouvait glisser 5 dinars à l’agent pour continuer sa route. Semble-t-il, les délateurs sont nombreux. La moyenne serait d’un chauffeur de taxi sur deux, et trois clients sur quatre au café du coin. Lorsqu’on me questionne, je ne suis pas dupe. Que veut-on de moi? Quelles informations souhaite-on soutirer?
Ils boivent leur thé à la menthe très sucré. Parfois, ils y ajoutent des pignons de pin ou des amandes. Ils mangent leur couscous le vendredi. Ils ne boivent pas d’alcool, qu’ils insinuent. Qu’ils insinuent, oui : quand j’ai acheté deux bouteilles de vin tunisien, un commis s’est offert pour m’aider à les commander. Le brouhaha de la cohue - d’hommes - se bousculant devant le comptoir des vins insinue qu’ils aiment et consomment le vin. Ce commis m’a suggéré un vin que j’ai commandé. J’étais fière de réaliser ça. À la sortie du magasin général, on a crié « mademoiselle! ». Par réflexe, je me suis retournée, le commis s’est arrêté devant moi. Sa voix tremblait. J’ai pensé que c’était la nervosité, mais c’était peut-être aussi la course.
« Je pourrais avoir votre numéro de téléphone? ». J’ai refusé. Ici, on dit qu’ils veulent les occidentales pour un soir, mais qu’ils se réservent les musulmanes pour le mariage. J’ai un amoureux, je suis en poste et il n’y a surtout pas d’intérêt. « Ciao! »
La Tunisie est assez libérale. L’arabisation est en effet une réalité nouvelle. Bourguiba, le libérateur de la Tunisie en 56, a lutté pour l’émancipation de la femme et son égalité, mais elles ont décidé de commencer à se voiler. C’est la mode que le voile s’agence avec la tunique. « Si je ne porte pas le voile, c’est parce que je n’ai pas les sous pour m’offrir l’ensemble de la même couleur. », confient quelques-unes d’entre elles. Et pourquoi ce retour au voile? C’est un mouvement généralisé qui se propage dans tous les pays musulmans. L’oppression des pays occidentaux auront eu raison de leur fierté. Maintenant, comment la retrouver sinon que par le retour aux pratiques des grands beys? Le rappel d’une époque où l’arabité était grande et avait le respect des empereurs et consuls européens.
Les paysages de Tunis et ses environs semblent s’être cristallisés depuis des siècles et même des millénaires. Sur la côte qui donne sur l’Italie, rien de plus facile que s’imaginer la grande Carthage. La terre est ocre et les arbres ont fanés. Le sol est déséché. L’eau est donc leur pétrole. Sans pluie, les récoltes seront maigres. Mais les touristes seront heureux et le tourisme est l’industrie la plus lucrative de la Tunisie.
La Presse de Tunis publie des articles au style de communiqués officiels : Ben Ali, le président "réélu et réélu" depuis 1987, fût nommé personnalité de l’année, ouverture d’un second aéroport international à Sfax, aux portes du désert… Et quoi encore. De nombreux sites politiques – et porno – sont bloqués sur internet. Curieusement, à l’écriture de Ben Ali et de sexe à l’intérieur d’un courriel, la page se ferme et internet est hors d’usage. Lors d’une converse au téléphone, voici que la ligne se brouille au ton secret d’un « tu sais, la liberté de parole, ici… » Essayons pour voir... Ce sont des potins des Canadiens de la place.
- Photo : Julie Thériault, Sidi Bou Said (Tunisie), 2007 -
Caractéristiques des Tunisiens: un teint basané, un langage indécryptable - le dialecte tunisien -, et un regard perçant. Les hommes et les garçons, ils sont regroupés sur les terrasses des cafés. Ils ont le style en général machiste et bien arrangé.
Que ce soit le chauffeur de taxi, le vendeur du souk, le serveur au restaurant, tous aiment la négociation. Ils proposent des prix exorbitants que je coupe du sabre en deux. Mais parce que je suis la Canadienne et c'est dimanche, ils ont toujours le superbe prix soudainement à m'offrir. « C’est gratuit jusqu’à la caisse! », « Regardez, c’est gratuit! ».
Ils me harcèlent dans la rue : je suis une étrangère, mais pourtant pas anonyme. On m’interroge sur ma vie privée, mon travail, le lieu de ma demeure, mon origine. Je respire. On me surnomme gazelle. Je roule des yeux... Ça suffit, me suis-je dit. Et puis, on s’y fait de se faire siffler la gazelle. La gazelle des neiges. De se faire tutoyer. D’être invitée à une visite guidée pour nous soutirer quelques dinars. De se faire rappeller que la foire d’artisanat berbère termine aujourd’hui. Après tout, pour certains, c’est la pauvreté. Coin St-Laurent, Ste-Cat., on tend la main et c’est tout.
La Tunisie, loin de pratiquer la charia et l’intégrisme, me heurte dans mes manières et mes valeurs. Et puis, je me détends. Ils ont l’air de ces terroristes du Hamas, du Djihad ou de Talibans, mais ils n’ont rien à voir avec ces mouvements. Je le sais, mais je constate que les infos occidentales m’ont imprégnée. Ça y est, je suis l’occidentale, nord-américaine de surcroît, qui a la frousse. En fait, je suis déroutée par nos préjugés construits à travers les médias et les politiciens américains. La méconnaissance peut être source de jugements préconçus. Ici, tout est différent. Leur histoire n’a rien à voir avec le Vatican, elle prend sa source au Proche et au Moyen-Orient.
Répondent-ils tous à l’appel de la prière qui s'entend comme une complainte cinq fois par jour? Cet enregistrement qui gémit au travers la ville. La ville dense. Des jeunes gens partout – 60 % de la population est âgée de moins de 20 ans. Des traffics piétonniers. Des autos qui conduisent pour écraser les gens. Pourtant, de nombreux policiers les guettent. Leurs sifflets transcendent les rues. De ma chambre au 11e étage de l’hôtel de verre sur Habib Bourguiba, le son des sifflets est incessant. Les policiers, ils soudoient bien sûr. Selon un chauffeur de taxi, de brûler le feu jaune lui aurait coûté son permis, ainsi que 120 dinars alors qu’il pouvait glisser 5 dinars à l’agent pour continuer sa route. Semble-t-il, les délateurs sont nombreux. La moyenne serait d’un chauffeur de taxi sur deux, et trois clients sur quatre au café du coin. Lorsqu’on me questionne, je ne suis pas dupe. Que veut-on de moi? Quelles informations souhaite-on soutirer?
Ils boivent leur thé à la menthe très sucré. Parfois, ils y ajoutent des pignons de pin ou des amandes. Ils mangent leur couscous le vendredi. Ils ne boivent pas d’alcool, qu’ils insinuent. Qu’ils insinuent, oui : quand j’ai acheté deux bouteilles de vin tunisien, un commis s’est offert pour m’aider à les commander. Le brouhaha de la cohue - d’hommes - se bousculant devant le comptoir des vins insinue qu’ils aiment et consomment le vin. Ce commis m’a suggéré un vin que j’ai commandé. J’étais fière de réaliser ça. À la sortie du magasin général, on a crié « mademoiselle! ». Par réflexe, je me suis retournée, le commis s’est arrêté devant moi. Sa voix tremblait. J’ai pensé que c’était la nervosité, mais c’était peut-être aussi la course.
« Je pourrais avoir votre numéro de téléphone? ». J’ai refusé. Ici, on dit qu’ils veulent les occidentales pour un soir, mais qu’ils se réservent les musulmanes pour le mariage. J’ai un amoureux, je suis en poste et il n’y a surtout pas d’intérêt. « Ciao! »
La Tunisie est assez libérale. L’arabisation est en effet une réalité nouvelle. Bourguiba, le libérateur de la Tunisie en 56, a lutté pour l’émancipation de la femme et son égalité, mais elles ont décidé de commencer à se voiler. C’est la mode que le voile s’agence avec la tunique. « Si je ne porte pas le voile, c’est parce que je n’ai pas les sous pour m’offrir l’ensemble de la même couleur. », confient quelques-unes d’entre elles. Et pourquoi ce retour au voile? C’est un mouvement généralisé qui se propage dans tous les pays musulmans. L’oppression des pays occidentaux auront eu raison de leur fierté. Maintenant, comment la retrouver sinon que par le retour aux pratiques des grands beys? Le rappel d’une époque où l’arabité était grande et avait le respect des empereurs et consuls européens.
Les paysages de Tunis et ses environs semblent s’être cristallisés depuis des siècles et même des millénaires. Sur la côte qui donne sur l’Italie, rien de plus facile que s’imaginer la grande Carthage. La terre est ocre et les arbres ont fanés. Le sol est déséché. L’eau est donc leur pétrole. Sans pluie, les récoltes seront maigres. Mais les touristes seront heureux et le tourisme est l’industrie la plus lucrative de la Tunisie.
La Presse de Tunis publie des articles au style de communiqués officiels : Ben Ali, le président "réélu et réélu" depuis 1987, fût nommé personnalité de l’année, ouverture d’un second aéroport international à Sfax, aux portes du désert… Et quoi encore. De nombreux sites politiques – et porno – sont bloqués sur internet. Curieusement, à l’écriture de Ben Ali et de sexe à l’intérieur d’un courriel, la page se ferme et internet est hors d’usage. Lors d’une converse au téléphone, voici que la ligne se brouille au ton secret d’un « tu sais, la liberté de parole, ici… » Essayons pour voir... Ce sont des potins des Canadiens de la place.
- Photo : Julie Thériault, Sidi Bou Said (Tunisie), 2007 -
El Dia de Muertos
Les autels abondent dans les restaurants. Les Mexicains préparent leur autel privé dans leur foyer. L'autel installé pour souligner la fête des morts est souvent composé d'une photo de l'ancêtre célébré, des sucreries, des chandelles, des cempasuchil - la fleur aux pétales infinies -, un breuvage... en référence aux goûts de l'ancêtre. D'autres se rendent dans les cimetières, le plus grand d'entre eux à Mexico étant le cimetière Dolores. Les gens qui célèbrent dans les cimetières sont de la classe plus pauvre de la société. Le cimetière n'est pas sécuritaire et les traditions s'essouflent chez les classes plus aisées.
La fête des morts combine les traditions des cultures préhispaniques et de la fête des saints célébrée notamment en Espagne, le pays colonisateur. Elle permet de réaffirmer les liens familiaux et permettre la communication avec les ancêtres.
Le commerce est florissant pour embellir les autels et les sépultures: jouets, sucreries, fleurs... À titre d'exemple, des 5 864 hectares de fleurs cultivés destinés à l'État de Mexico, 3 970 sont réservés à la célébration de la fête des morts. Un marché de 7 millions de pesos, soit 600 000 dollars canadiens, en deux jours - Source du journal mexicain El Financiero, le 31 octobre 2007.
Les Chinois ont une tradition similaire à celle de la fête des morts: le culte des ancêtres. Comme les Mexicains, ils préparent des autels dans leur maison et offrent de la nourriture et des boissons pour les parents et grand-parents décédés. À la différence des Mexicains, le culte des ancêtres est pratiqué à n'importe quel moment: les Chinois vont aux temples et font brûler de l'encen et des objets en papier - cellulaires, chaussures Nike, argent... Pour en apprendre plus sur le culte des ancêtres, télécharger le reportage de Frédéric Tremblay à ce sujet diffusé à Macadam Tribu le 13 janvier 2007.
http://www.radio-canada.ca/radio/emissions/document.asp?docnumero=31130&numero=62
Photos: tableau de José Guadalupe Posada, El Jarabe en ultratumbe; autel dans le jardin de la maison de Frida Khalo; temple croqué par Frédéric Tremblay à Hong Kong.
- Photos 1 et 2 : Julie Thériault, Mexico, 2007 -
- Photo 3 : Frédéric Tremblay, Hong Kong, 2006 -
1.11.07
Espagne :: Le Musée Guggenheim a 10 ans
Le musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne, a célébré ses dix ans le 3 octobre 2007. Le quotidien mexicain Reforma a rencontré, dans l'édition du 27 octobre 2007, l’anthropologue culturel Joseph Zulaika sur les répercussions de la présence du fameux musée dans la capitale basque.
Selon Joseph Zulaika, le Musée a transformé la ville: Bilbao est, depuis la création du musée le 3 octobre 1997, sur la carte culturelle mondiale. Annuellement, le musée reçoit un million de visiteurs: Bilbao accueille ainsi cinq fois plus de touristes qu'avant l'ouverture du musée. Les artistes locaux ont d'abord refusé l'implantation d'un musée de la série Guggenheim à Bilbao, mais ils reconnaissent maintenant que le musée contribue à la promotion de leur art. Dans ce sens, le musée prépare en ce moment une exposition sur les artistes de Bilbao.
Le musée Guggenheim a une architecture moderne qui sympatise avec la facette historique de la capitale basque. Le musée est d’une beauté moderne architecturale digne du vingt et unième siècle. L’architecture est de Frank O. Gehri. L’édifice de Bilbao est couvert d’une peau métallique de titane, ainsi que de pierre calcaire et de verre.
L’œuvre centrale permanente qui représente le passage du temps est énorme et provient de la conception du nouveau-zélandais Richard Serra, un des sculpteurs les plus réputés du vingtième siècle. Il utilise l’ingénierie et l’architecture comme moyen de création. Son œuvre, La matière du temps, parce qu’elle est immense, engage la participation des visiteurs qui s’y promènent à l’intérieur et à travers. Une oeuvre de Serra se trouve notamment à l'aéroport Pearson de Toronto au Terminal 1.
Les expositions permanentes des artistes-peintres sont pour la plupart du mouvement expressionniste et la grande majorité des œuvres ont été peinturées dans le courant de la Deuxième Guerre mondiale afin de représenter la relation entre l’art américain et européen après 1945.
Enfin, il y a quatre autres musées Guggenheim dans le monde, soit à New York, Berlin, Venice et Las Vegas. L'ouverture d'un nouveau musée Guggenheim à Guadalajara au Mexique est prévue pour 2012.
http://www.guggenheim.org/
Selon Joseph Zulaika, le Musée a transformé la ville: Bilbao est, depuis la création du musée le 3 octobre 1997, sur la carte culturelle mondiale. Annuellement, le musée reçoit un million de visiteurs: Bilbao accueille ainsi cinq fois plus de touristes qu'avant l'ouverture du musée. Les artistes locaux ont d'abord refusé l'implantation d'un musée de la série Guggenheim à Bilbao, mais ils reconnaissent maintenant que le musée contribue à la promotion de leur art. Dans ce sens, le musée prépare en ce moment une exposition sur les artistes de Bilbao.
Le musée Guggenheim a une architecture moderne qui sympatise avec la facette historique de la capitale basque. Le musée est d’une beauté moderne architecturale digne du vingt et unième siècle. L’architecture est de Frank O. Gehri. L’édifice de Bilbao est couvert d’une peau métallique de titane, ainsi que de pierre calcaire et de verre.
L’œuvre centrale permanente qui représente le passage du temps est énorme et provient de la conception du nouveau-zélandais Richard Serra, un des sculpteurs les plus réputés du vingtième siècle. Il utilise l’ingénierie et l’architecture comme moyen de création. Son œuvre, La matière du temps, parce qu’elle est immense, engage la participation des visiteurs qui s’y promènent à l’intérieur et à travers. Une oeuvre de Serra se trouve notamment à l'aéroport Pearson de Toronto au Terminal 1.
Les expositions permanentes des artistes-peintres sont pour la plupart du mouvement expressionniste et la grande majorité des œuvres ont été peinturées dans le courant de la Deuxième Guerre mondiale afin de représenter la relation entre l’art américain et européen après 1945.
Enfin, il y a quatre autres musées Guggenheim dans le monde, soit à New York, Berlin, Venice et Las Vegas. L'ouverture d'un nouveau musée Guggenheim à Guadalajara au Mexique est prévue pour 2012.
http://www.guggenheim.org/
Espagne :: L'ETA écarté et les membres d'Al-Qaeda inculpés
L’État Basque est le berceau du mouvement terroriste indépendantiste ETA représentant une minorité de fanatiques patriotiques. Le comble de la démence est l’histoire de cet homme de 29 ans, Miguel Angel Blanco, enlevé en 1997, afin d’exercer un chantage sur le gouvernement espagnol. Il était coupable d’être innocent.
Les terroristes réclamaient l’indépendance du Pays Basque en échange de la vie du jeune homme. Alors, de grandes manifestations se sont organisées dans les métropoles du pays afin de dénoncer la honte de ce chantage. À Bilbao, la capitale de l'État Basque, ils étaient 500 000 à défiler - la ville compte 650 000 personnes. Le peuple espagnol criait sa rage et insistait pour que le gouvernement ne cède pas à la violence. Aucun dialogue n’est malheureusement possible avec les terroristes basques. Les paumes des Espagnols étaient peintes de blanc et leur index pointait leur nuque découverte comme quoi, si les terroristes veulent les assassiner, ils sont effectivement des cibles faciles, mais leur indépendance ne sera pas acquise ainsi. Pas sous le joug de la violence. Non. ETA a finalement tué le jeune homme ce qui a attisé la haine du peuple espagnol qui est descendu une nouvelle fois dans les rues des grandes villes espagnoles pour hurler aux caméras porteuses d’images des mots insolents. Ils étaient 5 millions.
Cependant, l’attentat perpétré le 11 mars 2003 dans quatre trains de banlieue de Madrid n’avait rien à voir avec l’ETA, contrairement aux allusions du chef du Parti Populaire - PP -, José Maria Aznar. Le verdict est tombé aujourd'hui: 21 des 28 accusés liés à Al-Qaeda sont condamnés. Trois écopent d'une sentence de 40 000 ans. ETA est écarté.
Trois jours après les attentats, le PP avait perdu les élections, laissant ainsi le gouvernement aux socialistes de José Luis Zapatero, l'actuel président. L’engagement du gouvernement espagnol à la guerre en Irak avait contribué à la défaite du PP, mais la cause principale de leur déroute se trouvait principalement dans les tentatives du gouvernement à camoufler l’origine arabe des attentats et d’inculper volontairement et malicieusement l’ETA. Le président déchu Aznar avait ainsi menti à son peuple et aux familles des victimes décédées et aux victimes elles-mêmes dans un intérêt purement politique et opportuniste.
Les terroristes réclamaient l’indépendance du Pays Basque en échange de la vie du jeune homme. Alors, de grandes manifestations se sont organisées dans les métropoles du pays afin de dénoncer la honte de ce chantage. À Bilbao, la capitale de l'État Basque, ils étaient 500 000 à défiler - la ville compte 650 000 personnes. Le peuple espagnol criait sa rage et insistait pour que le gouvernement ne cède pas à la violence. Aucun dialogue n’est malheureusement possible avec les terroristes basques. Les paumes des Espagnols étaient peintes de blanc et leur index pointait leur nuque découverte comme quoi, si les terroristes veulent les assassiner, ils sont effectivement des cibles faciles, mais leur indépendance ne sera pas acquise ainsi. Pas sous le joug de la violence. Non. ETA a finalement tué le jeune homme ce qui a attisé la haine du peuple espagnol qui est descendu une nouvelle fois dans les rues des grandes villes espagnoles pour hurler aux caméras porteuses d’images des mots insolents. Ils étaient 5 millions.
Cependant, l’attentat perpétré le 11 mars 2003 dans quatre trains de banlieue de Madrid n’avait rien à voir avec l’ETA, contrairement aux allusions du chef du Parti Populaire - PP -, José Maria Aznar. Le verdict est tombé aujourd'hui: 21 des 28 accusés liés à Al-Qaeda sont condamnés. Trois écopent d'une sentence de 40 000 ans. ETA est écarté.
Trois jours après les attentats, le PP avait perdu les élections, laissant ainsi le gouvernement aux socialistes de José Luis Zapatero, l'actuel président. L’engagement du gouvernement espagnol à la guerre en Irak avait contribué à la défaite du PP, mais la cause principale de leur déroute se trouvait principalement dans les tentatives du gouvernement à camoufler l’origine arabe des attentats et d’inculper volontairement et malicieusement l’ETA. Le président déchu Aznar avait ainsi menti à son peuple et aux familles des victimes décédées et aux victimes elles-mêmes dans un intérêt purement politique et opportuniste.
Hommage à mon grand-père
Texte rédigé par ma mère, Maryse Thériault, lors des funérailles de mon grand-père. Un souvenir publié pour la famille.
Samedi, le 19 août 2006
Saint-Michel-de-Bellechasse
Bonjour, je me nomme Maryse. Je suis la cinquième d’une belle grande famille de huit enfants et je suis la fille de Jeanne Gagnon et de Laurent Thériault.
« Nous sommes tous nés, frères et sœurs, dans une longue maison de bois à trois étages, une maison bossue et cuite comme un pain de ménage, chaude en dedans et propre comme de la mie.
Rouille sur le flanc, noir sur le toit, blanc autour des fenêtres, notre lourd berceau se tenait écrasé sur un gros solage de ciment, rentré dans la terre comme une ancre de bateau pour bien nous tenir; car nous étions huit enfants à bord, turbulents et criards, peureux comme des poussins. » Extrait de Pieds nus dans l’aube de Félix Leclerc.
Lui-même issu d’une grande famille de dix-huit enfants, il était inévitable qu’eux-mêmes, devenant parents, auraient l’ambition d’élever à leur tour une grande famille dans l’amour, la dignité et le partage.
C’est ainsi que nos parents unirent leur destinée un 2 janvier 1943, comme bien d’autres couples de l’époque, tiraillés entre le désir de s’aimer pleinement et l’écho de cette guerre en Europe.
Car, bien sûr, on les comprend, ils n’allaient pas risquer de perdre l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre et décidèrent, pour commencer l’année en beauté, de se marier en ce début d’année de turbulence mondiale. Tous deux se retirèrent sur leur ferme de St-Épiphane de Rivière-du-Loup et bâtirent leur foyer.
Pacifistes dans l’âme, ils ont donc préféré faire l’amour à la guerre et c’est ainsi que, sans leur implication pour la paix, il n’y aurait eu ni Germain, ni Daniel, ni René, ni Laval, ni Guy, ni Andrée, ni François, ni moi-même, Maryse, et nous leur en sommes unanimement reconnaissants.
En plus de nous transmettre des valeurs fondamentales telles que de vivre en paix et en harmonie avec notre environnement, ils nous ont transmis l’art d’apprécier chaque jour la beauté de la vie et renforcèrent ainsi notre attachement à cette terre nourricière sur laquelle nous habitions.
Non, mon père n’était pas le plus fort (dans le sens de mettre K.O. un Louis Cyr de l’époque, quoiqu’il aurait pu l’étourdir…) ni le plus habile (les travaux de finition ou de broderie n’étaient pas son lot mais bien ceux de notre mère), mais le plus bon. Ce qui signifie, d’après le dictionnaire, qui a de la bonté et qui aime à faire le bien. Et on ajoute : qui s’acquitte convenablement de ses devoirs. On aurait pu trouver cette même définition dans la section « Laurent ».
Comme le travail de cultivateur était, à l’époque, difficile à rentabiliser, notre père, parallèlement à cela, exerça un autre métier dans le domaine de la construction, et ce, dans le but d’offrir une meilleure éducation à ses enfants.
Et comme si cela n’était pas encore suffisant, il se sacrifia pendant plusieurs hivers dans les chantiers de bois à atteler les chevaux, les conduire et transporter le bois de la Côte-Nord. De plus, il passa plusieurs automnes à cueillir le tabac dans les champs du Sud de l’Ontario. Ce qui contribua encore plus à parfaire notre instruction et à valoriser l’entreprise familiale. Pendant ce temps, notre mère veillait à nous assurer douceur, nourriture, vêtements et éducation et à nous élever dans une ambiance d’amour et de partage, valeurs qui nous ont suivis toute notre vie.
Papa avait une façon presque noble, à la fois humble aussi, de porter le chapeau, si modeste soit-il. Et l’image qui nous vient ainsi à l’esprit, c’est lors de cérémonies religieuses à l’église, bien campé dans son costume, droit comme un cierge, et priant avec une dévotion toute sincère pour la santé du monde et le bien de sa famille.
Fidèle aux traditions, il continua, malgré la résolution du Concile, à réciter son chapelet bien installé « plié » sur une chaise, parce que fourbu de sa journée et, alors que nous avions les genoux bien plantés sur le plancher, à terminer les prières par un « ainsi soit-il » alors que nous répétions depuis belle lurette un « Amen » bien senti.
Quel bonheur aussi de vivre ces Noël d’antan si magiques, si lumineux, pause ultime et unique dans cette année de labeur où nous éprouvions un plaisir fou à essayer tous ces nouveaux jouets, à jouer au hockey en famille et à glisser des heures durant dans la neige. Et le dimanche, après le repas du midi, Dieu sait comment notre père devenait un redoutable joueur de cartes à sa façon de lancer sur la table une seule petite carte, avec fracas, afin de tenter de nous intimider ou de nous surprendre. Évidemment, cela nous amusait plus qu’autrement.
Dans notre mémoire, il y a aussi de ces tiroirs qui rappellent que nous n’avions pas besoin de tous ces gadgets d’aujourd’hui qui en mettent plein la vue mais qui demeurent futiles comme de glisser avec nos bas de laine dans les pieds sur le plancher de la grande salle familiale frais ciré pour mieux le lustrer; ou sortir, après un long hiver à passer dans la grange, toutes ces vaches qui se dégourdissaient hardiment et qui couraient partout, libres comme l’air, dans les champs en même temps que nous.
Au bout du chemin, on ramasse des cailloux comme des bouts de vie sillonnant un sentier déjà parcouru et qu’on refait à rebours dans l’espoir que jamais notre mémoire ne perde le souvenir d’une vie aussi bien remplie.
Quand on a accompli chaque tâche à laquelle on a consacré toutes les heures de sa vie de façon sincère et honnête, il est normal d’être envahi, lors du grand départ, par la tranquillité d’esprit. Comme il me sembla entendre, en regardant mon père s’éteindre ce jour-là, que ça lui semblait être le bon jour pour être le dernier jour…
Ainsi fût-il! -
Samedi, le 19 août 2006
Saint-Michel-de-Bellechasse
Bonjour, je me nomme Maryse. Je suis la cinquième d’une belle grande famille de huit enfants et je suis la fille de Jeanne Gagnon et de Laurent Thériault.
« Nous sommes tous nés, frères et sœurs, dans une longue maison de bois à trois étages, une maison bossue et cuite comme un pain de ménage, chaude en dedans et propre comme de la mie.
Rouille sur le flanc, noir sur le toit, blanc autour des fenêtres, notre lourd berceau se tenait écrasé sur un gros solage de ciment, rentré dans la terre comme une ancre de bateau pour bien nous tenir; car nous étions huit enfants à bord, turbulents et criards, peureux comme des poussins. » Extrait de Pieds nus dans l’aube de Félix Leclerc.
Lui-même issu d’une grande famille de dix-huit enfants, il était inévitable qu’eux-mêmes, devenant parents, auraient l’ambition d’élever à leur tour une grande famille dans l’amour, la dignité et le partage.
C’est ainsi que nos parents unirent leur destinée un 2 janvier 1943, comme bien d’autres couples de l’époque, tiraillés entre le désir de s’aimer pleinement et l’écho de cette guerre en Europe.
Car, bien sûr, on les comprend, ils n’allaient pas risquer de perdre l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre et décidèrent, pour commencer l’année en beauté, de se marier en ce début d’année de turbulence mondiale. Tous deux se retirèrent sur leur ferme de St-Épiphane de Rivière-du-Loup et bâtirent leur foyer.
Pacifistes dans l’âme, ils ont donc préféré faire l’amour à la guerre et c’est ainsi que, sans leur implication pour la paix, il n’y aurait eu ni Germain, ni Daniel, ni René, ni Laval, ni Guy, ni Andrée, ni François, ni moi-même, Maryse, et nous leur en sommes unanimement reconnaissants.
En plus de nous transmettre des valeurs fondamentales telles que de vivre en paix et en harmonie avec notre environnement, ils nous ont transmis l’art d’apprécier chaque jour la beauté de la vie et renforcèrent ainsi notre attachement à cette terre nourricière sur laquelle nous habitions.
Non, mon père n’était pas le plus fort (dans le sens de mettre K.O. un Louis Cyr de l’époque, quoiqu’il aurait pu l’étourdir…) ni le plus habile (les travaux de finition ou de broderie n’étaient pas son lot mais bien ceux de notre mère), mais le plus bon. Ce qui signifie, d’après le dictionnaire, qui a de la bonté et qui aime à faire le bien. Et on ajoute : qui s’acquitte convenablement de ses devoirs. On aurait pu trouver cette même définition dans la section « Laurent ».
Comme le travail de cultivateur était, à l’époque, difficile à rentabiliser, notre père, parallèlement à cela, exerça un autre métier dans le domaine de la construction, et ce, dans le but d’offrir une meilleure éducation à ses enfants.
Et comme si cela n’était pas encore suffisant, il se sacrifia pendant plusieurs hivers dans les chantiers de bois à atteler les chevaux, les conduire et transporter le bois de la Côte-Nord. De plus, il passa plusieurs automnes à cueillir le tabac dans les champs du Sud de l’Ontario. Ce qui contribua encore plus à parfaire notre instruction et à valoriser l’entreprise familiale. Pendant ce temps, notre mère veillait à nous assurer douceur, nourriture, vêtements et éducation et à nous élever dans une ambiance d’amour et de partage, valeurs qui nous ont suivis toute notre vie.
Papa avait une façon presque noble, à la fois humble aussi, de porter le chapeau, si modeste soit-il. Et l’image qui nous vient ainsi à l’esprit, c’est lors de cérémonies religieuses à l’église, bien campé dans son costume, droit comme un cierge, et priant avec une dévotion toute sincère pour la santé du monde et le bien de sa famille.
Fidèle aux traditions, il continua, malgré la résolution du Concile, à réciter son chapelet bien installé « plié » sur une chaise, parce que fourbu de sa journée et, alors que nous avions les genoux bien plantés sur le plancher, à terminer les prières par un « ainsi soit-il » alors que nous répétions depuis belle lurette un « Amen » bien senti.
Quel bonheur aussi de vivre ces Noël d’antan si magiques, si lumineux, pause ultime et unique dans cette année de labeur où nous éprouvions un plaisir fou à essayer tous ces nouveaux jouets, à jouer au hockey en famille et à glisser des heures durant dans la neige. Et le dimanche, après le repas du midi, Dieu sait comment notre père devenait un redoutable joueur de cartes à sa façon de lancer sur la table une seule petite carte, avec fracas, afin de tenter de nous intimider ou de nous surprendre. Évidemment, cela nous amusait plus qu’autrement.
Dans notre mémoire, il y a aussi de ces tiroirs qui rappellent que nous n’avions pas besoin de tous ces gadgets d’aujourd’hui qui en mettent plein la vue mais qui demeurent futiles comme de glisser avec nos bas de laine dans les pieds sur le plancher de la grande salle familiale frais ciré pour mieux le lustrer; ou sortir, après un long hiver à passer dans la grange, toutes ces vaches qui se dégourdissaient hardiment et qui couraient partout, libres comme l’air, dans les champs en même temps que nous.
Au bout du chemin, on ramasse des cailloux comme des bouts de vie sillonnant un sentier déjà parcouru et qu’on refait à rebours dans l’espoir que jamais notre mémoire ne perde le souvenir d’une vie aussi bien remplie.
Quand on a accompli chaque tâche à laquelle on a consacré toutes les heures de sa vie de façon sincère et honnête, il est normal d’être envahi, lors du grand départ, par la tranquillité d’esprit. Comme il me sembla entendre, en regardant mon père s’éteindre ce jour-là, que ça lui semblait être le bon jour pour être le dernier jour…
Ainsi fût-il! -
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